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Blog culturel. Chroniques littéraires, musicales et interviews

Interview de Jacques Saussey 10-2013

Publié le 19 Octobre 2013 par Dubruit Danslesoreilles in interviews

Interview de Jacques Saussey 10-2013

Principes Mortels est un gros coup de coeur pour moi. Je suis donc fière de vous présenter cette interview très complète d'un auteur de talent: Jacques Saussey!

Bonjour Jacques. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?


Bonjour cher Gaylord. Sur ce point, je vais faire court. Pour le physique, j’ai
un peu plus d’un demi-siècle d’ancienneté et plus grand-chose sur le caillou.
Pour le boulot, je travaille dans le domaine du luxe en tant que concepteur
numérique. Pour les loisirs, mes activités principales sont le tir à l’arc et la photo
animalière.
Lorsque je ne suis pas devant mon clavier, bien sûr…


Comment êtes-vous venu à l’écriture ?


Le livre a toujours été un élément principal de mes loisirs. De ma vie, même.
Dès mes premières lectures d’adolescent (Frédéric Dard, Boileau-Narcejac,
Agatha Christie, Maurice Leblanc), j’ai été fasciné par les intrigues complexes
que les auteurs de polars parvenaient à mettre sur pied. J’ai fini par avoir très
envie de jouer à ce jeu-là, moi aussi.
Cela a donné, en 1988, ma toute première nouvelle : Mauvaise rencontre.
J’avais 27 ans. Devant le plaisir que j’ai ressenti à inventer cette histoire très,
mais alors très noire, je me suis aussitôt mis à en écrire une seconde : Le joyau
du Pacifique. Cette deuxième nouvelle a ensuite été adaptée pour la BD et éditée
en 2007, presque vingt ans plus tard ! Si j’avais su ça à l’époque, je n’en aurais
pas dormi pendant plusieurs années !
Je participais à beaucoup de compétitions d’archerie, dans les années 80 et 90.
Des championnats nationaux et internationaux. Cela me laissait peu de temps
pour écrire vraiment, mais au fil du temps une trentaine de textes a vu le jour.
Deux d’entre eux ont été primés, ce qui m’a donné encore plus de coeur à
l’ouvrage :
Quelques petites taches de sang, aux Noires de PAU en 2002, et Alfred
JARRY est mort, à LAVAL en 2007. C’est à la suite du prix Alfred JARRY que
j’ai décidé de me lancer dans l’aventure de mon premier roman. Le thriller s’est
imposé de lui-même, puisqu’il s’agit de ma perfusion permanente en tant que
lecteur.
J’ai alors écrit La mante sauvage en 2008, qui a ensuite paru en janvier 2013
sous le titre Colère Noire par choix de l’éditeur. Le premier titre lui semblait un
peu trop « terroir ». Ce roman est curieusement sorti après De sinistre mémoire
(2010) et Quatre racines blanches (2012), qui sont en fait ses petits frères. Les
intrigues étant bien distinctes, cela n’a pas posé un réel problème aux lecteurs, à
part bien sûr l’évolution de la relation entre Lisa et Daniel qui s’est trouvée du
coup un peu chamboulée, puisque ces deux personnages récurrents sont à
l’épicentre de la série…


Un mois après sa sortie, quel regard portez-vous sur Principes mortels ?


Principes Mortels représente pour moi la preuve qu’un auteur n’a aucun
intérêt à se laisser enfermer dans un seul genre d’écriture. À partir du moment
où il se fait plaisir à gambader sur les chemins de l’imagination, il ne doit pas
hésiter à prendre la tangente s’il en ressent l’envie. Parce que rien n’est plus
important, face à son clavier, que d’avoir la liberté d’écrire ce que l’on veut. Si
cela plait à l’éditeur, c’est parfait. Si cela plait aux lecteurs, c’est encore mieux.
Car ce sont eux, au final, qui feront vivre au livre le destin qu’il doit avoir, ou
qu’il n’aura pas.
J’ai défendu ce roman avec assiduité malgré le fait que l’on m’opposait que
ce changement de genre risquait de gêner mes lecteurs. L’avenir me dira si j’ai
eu raison ou non.
Certains auteurs français célèbres l’ont fait bien avant moi et y excellent,
comme Andréa H.JAPP, Franck THILLIEZ, Serge BRUSSOLO ou Maxime
CHATTAM, pour ne citer qu’eux. L’exemple de la réussite de ces maîtres
reconnus démontre que rien n’est impossible.
Principes Mortels a été pour moi un formidable laboratoire d’ouverture au
roman noir, genre dans lequel j’ai écrit la plupart des nouvelles de mon recueil
Anicroches. J’y ai retrouvé le ton sombre des drames que j’affectionne tout
particulièrement, et je peux vous dire que je n’ai pas écrit mon dernier mot dans
ce domaine !


Pourquoi avoir choisi, cette fois-ci, le roman noir alors que vos trois précédents romans étaient des thrillers ?


J’ai écrit trois thrillers avant d’affronter cette dure intrigue familiale que je
portais en moi depuis longtemps, parce qu’à cette époque je ne me sentais pas
encore les épaules assez aguerries pour l’aborder comme je le voulais.
À l’origine, Principes Mortels devait être une nouvelle, tout comme De
sinistre mémoire. Mais je me suis rendu compte, en 1993, lorsque j’ai imaginé
ces histoires, que j’avais bien trop de matière pour en faire des textes d’une
vingtaine de pages seulement. Principes Mortels a donc dû subir une longue
période d’incubation dans un tiroir de mon bureau jusqu’en juin 2010, presque
17 ans après que j’aie posé le squelette de l’intrigue sur le papier. Comme quoi
il ne faut jamais désespérer…


Vous avez commencé à le présenter lors des salons, comment est-il accueilli ?


Un certain nombre de lecteurs a la gentillesse de suivre mon actualité,
maintenant, surtout depuis la parution de Colère Noire, grâce notamment aux
coups de main extraordinaires d’Andréa H.JAPP et Franck THILLIEZ.
Principes Mortels a été très bien accueilli par tous ceux qui l’ont lu et m’ont
donné leur avis. Ce livre m’a également permis de toucher d’autres personnes
qui ne sont accros ni au thriller ni au polar, mais qui se laissent tenter par une
histoire où l’on va fouiller dans ce qu’une famille peut receler de plus terrifiant
dans ses secrets les plus enfouis. Le livre étant encore très récent, je devrais
avoir plus de recul sur les avis de lecture d’ici début 2014.


Dans ce livre, vous livrez un peu de vous au lecteur…


Oui, ce roman est construit autour d’un personnage principal du drame : la
ferme creusoise où il se déroule presque intégralement. Cette ferme existe
réellement, mais j’espère bien qu’elle n’a jamais connu ce que je fais se dérouler
entre ses murs ! Pour la petite histoire, mon père y a été accueilli en 1940,
pendant l’Exode, durant lequel des milliers d’enfants ont été mis à l’abri de
l’Occupation et de ses méfaits sur la population civile des grandes villes. Il y a
appris, à moins de dix ans, que travailler pour vivre n’était pas qu’un concept
abstrait, et qu’il fallait donner de la sueur et de la douleur dans ses petits
muscles pour manger à sa faim.
Plus tard, la guerre finie, il y est régulièrement retourné pour revoir les
paysans qui lui avaient sauvé la vie. Ces gens simples et rudes sont petit à petit
devenus ses amis.
Lorsque nous sommes nés, mon frère Pierre et moi, nous y avons passé de
nombreux étés à courir au cul des poules pour ramasser les oeufs et à arpenter les
petits chemins creux derrière ceux des vaches. Les fougères, les champignons,
les sous-bois humides remplis de moustiques et d’odeurs de la terre, les cabanes,
l’isolement, le couteau dans la poche ; tout cela est resté fortement ancré dans
ma mémoire comme un terreau fertile où ne demandait qu’à pousser ce roman.
La complicité des deux cousins, dans cette histoire, est un peu celle que mon
frère et moi avons vécue à ce moment de nos vies. C’est la raison pour laquelle
ce livre lui est dédié.


Comment vous est venue l’idée des aller-retour entre 1979 et 2011 ?


Je voulais que cette histoire soit complètement centrée autour d’un seul et
même personnage : Franck. D’autre part, je voulais que l’action se passe avant
l’ère récente des téléphones portables et des recherches ADN, qui aurait été
fatale à la construction même du drame. Mais j’ai pensé que le fait de le suivre
sur le même plan temporel durant toute la montée de la tension du roman
risquait d’être un peu trop linéaire. Les autres acteurs des événements sont très
peu nombreux. Il me fallait un artifice qui pouvait donner de l’oxygène au
roman. J’ai alors pensé à cette verticalité dans le temps, qui me permettait de
contourner cet écueil. Jongler entre 1979 et 2011 est alors devenu une vraie
partie de plaisir.


Pourriez-vous nous parler de votre nouvelle publiée dans le recueil Santé ?


J’ai écrit Une bonne opération en 1998, soit 15 ans avant sa parution dans
« Santé ». Elle fait partie de mon recueil Anicroches, qui sera d’ailleurs édité en
2014, certainement au tout début de l’année. Cette édition revêtira un caractère
très particulier que je ne peux pas encore dévoiler, mais je vous réserve une
surprise, ça, c’est certain !
Lorsque j’ai vu passer le projet « Santé ! » de Fabien Hérisson sur Facebook,
je lui ai proposé deux nouvelles. Une main en or était beaucoup trop longue,
mais Une bonne opération correspondait à la taille du texte demandé. Je dois
avouer que, franchement, je ne sais quelle est la plus horrible des deux… ;)
Le projet de participer à une bonne oeuvre, en compagnie de mes compères du
Noir, m’a tout de suite séduit. Ça ressemble bien à la solidarité que l’on voit
entre les auteurs dans les salons du polar !
Mauvaise pioche, que j’ai spécialement écrit pour le recueil de l’Exquise
nouvelle « Les 7 petits Nègres », sera également intégré à la parution
d’Anicroches, avec l’aimable autorisation, respectivement, des éditions Mosesu
et In Octavo.


Quelles sont vos influences majeures dans le domaine de l’écriture ?


Dans le domaine de l’horrible, l’incontournable Stephen King, bien sûr,
notamment avec « Simetierre ». Dans le domaine du thriller, mon tout premier
coup de coeur historique va au tandem Boileau-Narcejac avec « Celle qui n’était
plus », pour le roman noir c’est Exbrayat avec « Olé Torero », et dans le
domaine du huis clos Jean-Paul Sartre avec sa pièce éponyme.
Son ensuite venues des découvertes majeures comme Tony Hillerman et
Elisabeth George, auxquels j’ai piqué l’idée de créer des personnages récurrents
dans mes romans, vu l’avidité avec laquelle j’ai lu les leurs. Et puis Dennis
Lehane m’est tombé dessus sans crier gare, avec ses deux héros Patrick Kenzie
et Angela Gennaro. Ces deux personnages torturés sont à l’origine de Daniel et
Lisa, ça ne fait aucun doute !
C’est au moment où j’ai commencé à sortir en dédicace que j’ai découvert de
nombreux auteurs français dont j’ignorais l’existence, et dont certains sont
devenus depuis de bons amis. Depuis lors, je lis beaucoup plus d’auteurs
francophones qu’anglophones, mais au fond l’influence est la même. C’est la
façon dont l’auteur vous fait croire à son récit qui prime. Depuis peu, j’ai
découvert quelques auteurs du polar du Québec à la forte personnalité littéraire,
comme Chrystine Brouillet, Geneviève Lefebvre, Johanne Seymour, Richard
Sainte-Marie ou encore Martin Michaud. Ces lectures qui viennent d’un autre
pays, d’un autre continent, d’une autre culture, ont des accents qui nous
emportent dans autant d’autres sphères d’influence réciproque.
Les Printemps Meurtriers de Knowlton, au Québec, sont à ce titre un
fourmillement idéal de rencontres qui ne peuvent que déboucher sur de
nouvelles idées, de nouveaux paris, une nouvelle richesse commune. Je le
conseille vivement à tous ceux qui auraient à la fois l’envie et la possibilité
d’aller vivre ça au moins une fois dans leur vie.


Votre dernier coup de coeur littéraire ?


Mon tout dernier coup de coeur littéraire, je le décerne à Gillian Flynn pour
son thriller « Les apparences », qui m’a vraiment bluffé cet été. Mais je ne peux
le dissocier du plaisir que m’a procuré juste avant « Un long moment de
silence », de Paul Colize, qui est l’un des bouquins les plus forts que j’ai lus de
toute ma vie. Ce roman, d’ailleurs — et ce n’est pas un hasard — rafle une
quantité impressionnante de récompenses depuis sa parution, comme son
prédécesseur « Back up ». Paul Colize est aujourd’hui pour moi l’égal des plus
grands auteurs français du moment.
Autre très gros coup de coeur de ces dernières années : Les deux premiers
romans de Claire Favan : « Le tueur intime » et « Le tueur de l’ombre », aussi
indissociables que terrifiants et parfaitement maîtrisés. La maestria de la
manipulation à l’état pur. Claire Favan fait également partie, pour moi, des plus
grands auteurs français actuels du Noir.


Pourriez-vous nous parler de vos projets à venir ?


Mon prochain roman L’enfant aux yeux d’émeraude paraitra quelques mois
après Anicroches, fin 2014, mais pas sous ce titre. Je ne sais pas encore sous
quelle étiquette éditoriale exacte, mais il est d’ores et déjà dans les tuyaux.
Après De sinistre mémoire en 2011 ; Colère Noire, Quatre racines blanches et
Principes Mortels paraîtront en poche dans les mois à venir. Je n’ai pour
l’instant aucune date officielle de lancement.
D’autre part, Colère Noire sortira bientôt chez France-Loisirs, ce qui lui
offrira une nouvelle vie avec d’autres lecteurs.
Je suis en train de terminer mon sixième roman, qui devrait être achevé vers
décembre ou janvier. Je poursuivrai ensuite avec un volume de l’Embaumeur,
dont l’action se situera dans l’Yonne — avec peut-être bien une autre surprise à
la clé. J’ai encore un roman noir et une pièce de théâtre du même genre sur la
rampe de lancement, mais là je pense que je ne pourrai pas commencer à
travailler dessus avant 2015.
Bref, il y a encore du parpaing sur les planches !


Le mot de la fin…


L’écriture est un long chemin semé d’embûches, une remise en question
perpétuelle, mais elle est également le vecteur d’un bonheur qui se partage à
l’infini dans l’intimité des pages, de chaque côté de l’intrigue.
Un grand merci à toi, Gaylord, pour tout ce temps que tu passes à faire
découvrir les livres que tu aimes. C’est grâce aux blogs de passionnés comme
toi, en plus des lecteurs, que nos romans existent un peu plus loin à chaque
interview.
Sans vous tous, ils resteraient peut-être plus de 17 ans dans un tiroir, voire
n’en sortiraient jamais. Qui sait ?

Commenter cet article

valérie Seguin 20/10/2013 16:42

Merci beaucoup Gaylord pour cet entretien d'un auteur que j'apprécie beaucoup; "Principes mortels" est dans ma PAL depuis Templemars, et je compte bien me procurer un jour "Quatre racines blanches" (j'ai déjà lu les 3 précédents: du bonheur!!! ;)

valérie Seguin 20/10/2013 16:40

Merci Gaylord pour et entretien avec un auteur que j'apprécie beaucoup. Je n'ai pas encore "Quatre racines blanches" mais espère bien me le procurer un jour; "Principes mortels" est dans ma PAL depuis Templemars; lecture pour bientôt!!!

Dubruit Danslesoreilles 20/10/2013 13:08

Je découvre son univers avec ce livre. Il est bourré de talent, je vais vite ne fournir ses autres ouvrages.

gruz 20/10/2013 07:45

Merci Gaylord, comment veux-tu que je ne me penche pas sérieusement sur le cas Saussey dans le futur : un homme qui a les deux mêmes coups de coeur littéraires récents que moi (Flynn et Colize) ne peut que me donner l'envie de découvrir son univers.
Donc à bientôt Monsieur Saussey

collectif.polar 20/10/2013 06:26

Merci à vous deux pour ce bel entretien.
J'ai hâte de lire d'autres nouvelles de monsieur Saussey.