Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Du bruit dans les oreilles, de la poussiere dans les yeux.overblog.com

Blog culturel. Chroniques littéraires, musicales et interviews

Interview Elsa Marpeau 01-2014

Publié le 27 Janvier 2014 par Dubruit Danslesoreilles in interviews

Interview Elsa Marpeau 01-2014

La lecture de L'expatriée m'a bousculé, c'est donc naturellement que j'ai souhaité poser quelques questions à son auteur Elsa Marpeau afin de mieux cerner cette oeuvre à l'ambiance atypique.

 

Bonjour Elsa, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis auteure de littérature noire et scénariste de polars. J’ai vécu deux ans à Singapour, où je passe encore actuellement un quart de l’année. Comme dans mon roman, publié à la Série Noire l’an dernier, j’ai été et suis par intermittences une expatriée.

 

Comment êtes-vous venue à l’écriture ?

Par amour pour les livres des autres.

 

Un an après sa sortie, quel regard portez vous sur L’expatriée ?

C’est le roman que je préfère parmi ceux que j’ai écrits. Le plus intime et celui que j’ai eu l’impression de maîtriser le mieux tout en étant partie prenante.

 

J’ai découvert à travers ce livre le microcosme des « expatriés », pourriez vous le présenter aux lecteurs ?

Au sein de ce monde très vaste, que je ne voudrais pas réduire en quelques lignes, j’ai choisi de parler des femmes. Car c’est un milieu très sexué. Dans la plupart des cas, il s’agit de femmes qui abandonnent leur travail en France pour suivre leur mari. Elles ont des maids qui s’occupent des enfants et du ménage et leurs maris sont absents la plupart du temps, en transit dans la « zone Asie ». Beaucoup se retrouvent donc sans travail, sans statut social, sans occupation, incroyablement seules. En un trajet aller, elles ont tout perdu.

C’est d’abord leur détresse qui m’a frappée. Leur solitude extrême. Et un désespoir qui ne se dit pas, parce que toutes se sentent – et sont – socialement privilégiées. Impossible de confier à ses amies en France qu’on a le blues. Qui les comprendrait, puisqu’elles n’ont rien à faire que de barboter dans la piscine et d’aller faire des brunchs dans des grands hôtels le dimanche midi ?

Le corolaire de cette solitude, c’est la cruauté. Celle qui naît du désoeuvrement et de la nécessité vitale de se faire des amies, de ne pas être exclue. Alors, au bord de l’eau, on commence à médire. A tuer en paroles, sinon en acte…

 

Singapour tient un rôle important dans l’histoire de votre livre, ce lieu est presque un personnage à part entière. Quel est votre rapport avec cette ville ?

J’aime le mélange des gratte-ciels et de la végétation, je suis fascinée par la chaleur humide qui entraîne un pourrissement généralisé du monde. Je m’intéresse à la simplicité apparente de la cité, à son aspect lisse, qui cache des secrets bien gardés. La tension grandissante entre les communautés, la fascination pour les printemps arabes, le régime pénitentiaire… Et j’aimerais qu’on arrête de me parler de la propreté et des chewing-gums parce qu’un pays qui, en 45 ans, d’une jungle, devient une plaque tournante en Asie, mérite tout de même mieux que ça…

 

Vous brouillez les pistes en donnant votre prénom à votre personnage, la ressemblance est troublante. Dans quelle mesure ce roman est-il biographique ?

Tout est vrai : les lieux, l’appartement, le condo, sont ceux où j’ai vécu. Les personnages sont fortement inspirés de mes compagnons d’alors. Le livre s’inspire évidemment de ma vie, au point qu’il a beaucoup dérangé certains de mes proches. Mais ce qui dérange, je crois, c’est que le roman reflète mon désarroi et mon isolement d’alors, qui n’étaient pas si loin d’une forme de dérangement mental.

 

L’atmosphère de votre texte est particulièrement troublante, certaines scènes peuvent même être choquantes. Est-ce un choix délibéré de votre part ?

Je ne comprends pas à quelles scènes vous faites allusion. Celle où la narratrice lèche les pieds de sa maid ? Une façon de transposer, sous un angle érotique, l’inversion du pouvoir.  

Ou bien peut-être évoquez-vous la visite à une femme malade ?

Il me semble que c’est plutôt la maladie elle-même qui est choquante, pas le regard qu’on porte sur elle.

 

Quelles sont vos influences majeures dans le domaine de l’écriture ?

Ce livre s’inspire de l’Etranger de Camus. L’Arabe blond est un écho à l’Arabe que tue Meursault : la part d’étrangeté de l’autre. Il y a chez Elsa (le personnage) une même incapacité à briser la surface et à aller vers les autres, une même solitude.

Pou le reste, je citerais Rimbaud, John Fante, Henry Miller, Faulkner, Céline, Jim Harrisson et d’autres. Et de nombreux romans noirs, de toutes nationalités dont française. Je viens de commencer La Fille de la pluie de Pierric Guittaut.

 

Pourriez-vous nous parler de vos projets à venir ?

L’Expatriée sortira en poche en septembre et mon prochain roman, en février 2015. Son titre, pour l’instant : La Tondue. En souvenir des châtiments capillaires infligés à certaines femmes au sortir de la guerre.

 

Le mot de la fin…

Que 2014 soit festive, noire, âpre et lyrique.

 

Merci pour ces réponses Elsa.

 

Merci pour les questions.

 
Commenter cet article

Dubruit Danslesoreilles 28/01/2014 22:00

Merci à toi Richard de m'avoir permis de la découvrir !

concierge masqué 28/01/2014 18:37

interview tres sympa d'une auteur que j'admire, et qui mériterais d'etre encore plus connus, merci gaylord pour ce tres bon moment ;-)