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Blog culturel. Chroniques littéraires, musicales et interviews

Interview d'Elena Piacentini février 2014

Publié le 10 Février 2014 par Dubruit Danslesoreilles in interviews

Interview d'Elena Piacentini février 2014

Voici une interview très complète de la lauréate du prix Calibre 47, il s'agit bien sûr d'Elena Piacentini!

Bonjour Elena
 
Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Pfff. Dur ! Je suis aimée par l’homme qui partage ma vie et nos deux filles, mes parents, des amis rares et chers, et je les aime profondément en retour. Ça, c’est l’essentiel et mon équilibre. En parallèle de l’écriture, j’exerce une activité de consultante en ressources humaines, plutôt axée sur la détection et l’accompagnement des potentiels. Je me sens libre de choisir mes devoirs en accord avec mes valeurs, libre du regard des autres aussi. Je sais dire non, quitte à être la seule, ça ne me fait pas peur. Du coup, lorsque je m’engage, ce n’est jamais à la légère et cochon qui s’en dédit. Je suis curieuse et passionnée. Empathique aussi, mais je me soigne en écrivant. Je vis mon pessimisme sur la marche du monde en prenant le parti de vivre pleinement tous les plaisirs de la vie. Je broie du noir, mais dans la bonne humeur ! Et bien sûr, je suis Corse, et cela, j’aurais le plus grand mal à le définir en quelques mots seulement.

 

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?
J’ai toujours baigné dans les histoires. D’abord celles que mes parents me lisaient, toute petite, et celles que ma grand-mère me racontait. J’ai commencé à inventer les miennes aussitôt que j’ai appris à lire. Je fabriquais des petits cahiers que j’illustrais. La poésie ensuite ; à la maison, j’ai des chemises entières de poèmes qui ne seront jamais publiés. L’un deux l’a été et je n’ai pas gardé un bon souvenir de cette expérience. C’est un genre trop intime à mon sens mais un très bon exercice pour concentrer les mots et travailler la musique de la phrase. Pour ce qui est du polar, cela faisait longtemps qu’un personnage me trottait dans la tête. Le déclencheur, ça a été le défi que m’a lancé mon mari lorsqu’on a déménagé de Paris à Lille en 2003. Comme c’est lui qui était chargé de mettre les livres en carton et devant l’ampleur de la tâche, il a pensé que si j’écrivais, j’aurais moins de temps pour dévaliser les librairies. Il avait raison, maintenant, je les achète dans les salons…

 

Plus de six mois après sa sortie quel regard portez-vous sur Le Cimetière des chimères ?
Je peux juste dire le bien que m’a procuré son écriture. Les fictions s’alimentent du réel. Le mien, à ce moment-là, c’était d’avoir à travailler avec le personnage d’ambitieux revanchard dont je décris les mécanismes dans Le cimetière des chimères. Aujourd’hui, tout cela est derrière moi. Malheureusement, les petits salauds ordinaires sont légions dans les entreprises… Quant au livre lui-même, franchement, je suis la dernière à pouvoir en parler. Lorsque j’écris, je doute tellement, que j’envoie mon travail, chapitre par chapitre, à une lectrice à qui je ne pose qu’une question : « Est-ce que tu as envie de lire la suite ? » Je doute avant, pendant et après. C’est peut-être le seul domaine où je ne suis absolument pas sûre de moi. Mais j’avais envie de cette histoire où la vénalité, l’affairisme et l’orgueil côtoient des sentiments nobles, même si ces deux pôles, pour des raisons différentes, conduisent au même constat d’échec. J’ai écrit le polar que j’avais en tête. Je suis heureuse qu’il fasse partie de la sélection Action-Suspense et de celle du prix du calibre 47. Je prends cela comme une invitation à continuer. Ceci étant, six mois après sa parution, c’est davantage aux lecteurs que revient la parole.
 
Parlez-nous de Pierre-Arsène Leoni, le héros récurrent de vos livres, auquel vous avez fait bien des misères dans les précédents opus.
Sa mère est morte quand il avait 7 ans. Son père trempait dans le trafic d’armes entre la France et l’Afrique, ce qu’on a appelé à un moment donné la « Corsafrique ». Il a été élevé par sa grand-mère maternelle, mémé Angèle, qui est son pilier et son rempart. De tous les personnages de mes romans, c’est le seul que j’ai intégralement importé de la réalité puisqu’il s’agit de ma grand-mère, une femme exceptionnelle. Leoni porte des bagages qui pèsent leur poids. Mais il en est conscient : blessé mais lucide. Il est veuf, père d’une petite fille. Ah ce veuvage ! Durant toute la période des corrections, ma mère a tenté de me faire changer d’avis à ce sujet. Mais j’ai tenu bon, même si elle m’en veut encore un peu aujourd’hui. Leoni est aligné sur ses valeurs, droit dans ses bottes, ce qui lui donne la liberté d’agir en fonction de ce qui lui paraît juste, sans se conformer au cadre ou à la procédure. Et c’est d’ailleurs, ce côté « électron libre » qui m’a permis de mettre en scène Carrières noires. C’est un commandant qui fait confiance à son équipe dont il a su gagner le respect. C’est vrai que je l’ai bousculé, mais il est assez solide pour tenir le choc. Et si je lui ai causé bien des misères, je lui ai également offert un cadeau en la personne d’Éliane Ducatel, la légiste qui est sa maîtresse. Elle aussi, elle le chahute, mais avec tendresse, et elle lui apporte la dose de folie et de spontanéité qu’il ne s’autorise pas souvent.
 
Comme Pierre-Arsène, vous êtes d’origine Corse et vous vivez à Lille, on imagine donc qu’il y a beaucoup de vous dans vos écrits…
Non, je ne suis pas d’origine Corse. Je suis Corse et je vis à Lille, où je me sens bien d’ailleurs, car cette région possède une histoire et une atmosphère propices à l’écriture de polars. Oui, quand Leoni évoque son île, c’est avec mes mots qu’il parle de l’attachement, de l’éloignement, du lien qui fait que pour un Corse, même à l’autre bout du monde, on trimballe toujours sa terre sous nos pompes. Dans tous mes romans, j’ai prêté ma grand-mère à Leoni, une manière de la rendre éternelle, de la faire revivre pour mieux la faire connaître à mes lecteurs. Tout le monde n’a pas eu la chance d’être élevé par une « mémé Angèle »… et comme je suis généreuse, je partage. Pour le reste, je joue au docteur Frankenstein, je prends des bouts à droite et à gauche, de moi, de ceux qui m’entourent, d’étrangers que je croise et qui m’inspirent. Mes histoires naissent également de faits ou de travers de société qui me touchent ou me révoltent, c’est un parti pris initial que j’assume.

 

Dans ce livre, les personnages partagent la vedette avec la neige, pourquoi avoir choisi ce contexte climatique ?
Si je l’ai commencé en été et en Corse, j’ai terminé ce roman sous la neige. La neige me fascine. La manière dont le silence s’installe et dont toutes nos perceptions sont modifiées. La neige recouvre et dissimule. Un manteau immaculé sur le dessus et toujours les mêmes saloperies en-dessous. Le Cimetière des chimères c’est aussi le jeu des apparences et des faux-semblants. De manière plus prosaïque, lorsque la neige s’installe en ville, c’est le grand bazar. Leoni et son équipe doivent composer avec cela. L’urgence qu’impose l’enquête et les communications qui deviennent problématiques, cela crée une tension supplémentaire. Enfin, les êtres humains sont sensibles à leur environnement, le temps qu’il fait exerce une forme d’influence sur notre humeur, convoque parfois des souvenirs et des impressions et, en cela, la neige, joue le rôle d’un personnage à part entière.

 

Vous apportez une grande importance à la psychologie des personnages, c’est votre marque de fabrique ?
Je ne sais pas si c’est ma marque de fabrique mais c’est primordial dans ma manière d’écrire. La psychologie est ce qui détermine la manière dont chacun va agir et interagir. Mon histoire, elle, démarre avec un contexte très général et les personnages que j’ai envie de mettre en scène parce qu’ils ont des choses à dire et à vivre. Quand, je commence à les « tenir », quand je les vois bouger, que je les entends parler, alors je peux préciser les évènements et commencer à écrire. Ce sont eux qui vont porter le roman. Ce sont les choix des uns et des autres qui vont entraîner des réactions en chaîne. Et si mes personnages se comportent d’une manière qui n’est pas crédible, c’est-à-dire justifiée par leur passé, leurs rêves, ce qu’ils sont ou ce qu’ils sont devenus, l’histoire, aussi bonne soit-elle, ne tient plus la route. Ce sont eux qui donnent le tempo, toujours. Ce sont eux qui me font parfois bifurquer dans une direction que je n’avais pas prévue au départ. Dans ce domaine, je dois dire que mon activité de consultante RH, pour le pire et le meilleur, me donne toute la matière dont j’ai besoin pour animer mes différents protagonistes.

 

Quelles sont vos influences majeures dans le domaine de l’écriture ?
C’est une question impossible ! Toutes mes lectures m’ont influencée, d’une manière ou d’une autre, consciemment ou pas. Je vais juste partager des images et des sensations qui sont encore ancrées en moi. En vrac et sans trop réfléchir… Il y a les atmosphères étouffantes des nouvelles de Poe et de Maupassant, le parfum de la dame en noir, celui, sulfureux, du dahlia noir, l’élégance de Lupin, la musique de Baudelaire, l’agitation du 87e district, les frémissements d’horreur de « ça », une blonde dans le béton, la folie de Shutter Island… Et tellement d’autres !

 

Votre dernier coup de cœur littéraire ?
La vie comme avec toi, de Geneviève Lefebvre. C’est un ami québecquois qui me l’a offert. Normalement, je n’aurais même pas dû le lire puisque je m’étais lancée dans l’écriture de mon sixième roman et qu’il est impossible pour moi de me plonger dans un autre univers alors que je suis en train de construire le mien. Mais ce livre-là m’a fait de l’œil. Et je n’ai pas regretté d’avoir fait l’école buissonnière. Des personnages pleins d’épaisseur, des paysages magnifiques, une atmosphère toute en subtilité, une vraie histoire, un regard sur le monde… Bref, tout ce que j’aime.

 

Pourriez-vous nous parler de vos projets à venir ?
La sixième aventure de Leoni paraîtra en juillet. Je suis dedans, c’est-à-dire le nez dans le guidon. La seule chose que je puisse dire c’est que cette fois, le commandant fera du hors-piste en dehors de la région Nord et que des personnes de la vie réelle, qui pour des raisons diverses m’ont inspirée, deviendront des personnages de fiction. Enfin, j’ai promis de faire pleurer un certain Mandoline, je vais donc m’y coller, une fois les corrections achevées. Et j’ai encore deux autres projets en tête, très différents, mais c’est encore trop tôt.

 

Le mot de la fin…
A chì troppu si cala, u culu vi mostra. Celui qui se baisse trop, montre son cul.
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sylvie G 12/02/2014 17:27

Intéressante interview ! Et trop fort le mot de de la fin ! :)

Collectif.Polar 10/02/2014 13:40

Je n'ai pas encore eu la chance de rencontrer Madame Piacentini et je souhaite ce moment de tout cœur car je la suis de loin et j'aime revenir auprès de Leoni et mémé Angèle régulièrement. Ces personnage nous font du bien. Et bravo pour cette sincérité qui elle aussi ait du bien.
Bravo à vous deux Gaylord et Eléna pour cette belle entrevue.

Elena 12/02/2014 12:27

Elena, ça ira bien, enfin, ça me va mieux. Mais ce serait avec plaisir ! Loin, c'est à dire, tout est relatif, non ? Amitiés et merci pour votre fidélité.