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Blog culturel. Chroniques littéraires, musicales et interviews

Interview de Nicolas Lebel juin 2014

Publié le 9 Juin 2014 par Dubruit Danslesoreilles in interviews

Interview de Nicolas Lebel juin 2014

Nicolas Lebel est à n'en pas douter une étoile montante du thriller made in France.

Auteur de deux romans aux indéniables qualités, il est mon très gros coup de coeur de 2014. Si vous ne le connaissez pas encore, je vous propose de le découvrir par le biais de cette interview.

La Biographie:

 

Nicolas Lebel est né à Paris où il vit encore aujourd’hui. Après quelques allers-retours aux quatre coins du globe, il revient à Paris où il tente depuis plusieurs années d’enseigner l’anglais aux Français. Passionné de littérature et de linguistique, il publie en 2006 une première fiction, une épopée lyrique en alexandrins : Les Frères du serment, qui sort dans un silence prometteur. En 2013, il publie aux Éditions Marabout L’Heure des fous, puis en 2014, Le Jour des morts, deux romans policiers caustiques où histoire, littérature et actualités se mêlent, des romans noirs qui interrogent et dépeignent la société française contemporaine avec humour et cynisme, dont le ton est souvent engagé, et le propos toujours humaniste.

         Par ailleurs, soucieux de devenir le plus grand batteur de Métal de la planète avant sa mort, Nicolas Lebel apprend à dompter sa batterie depuis quatre ans sous les encouragements de ses voisins. Adepte de Côtes du Rhône et de Whisky Islay, l’auteur s’astreint à des dégustations régulières parce que rien de grand ne se fait sans rigueur et discipline. La photo et les sports de combat achèvent de remplir un emploi du temps saturé.

         Nicolas Lebel a 43 ans et adule sa compagne et sa fille.

         Depuis quelques jours, il peine à écrire sa biographie : s’il aime discuter de ce qu’il écrit, il parle avec réticence de lui, surtout parce que c’est un sujet qu’il maîtrise mal.

 

L'interview:

 

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

         Quelques mots, dans l’ordre alphabétique :

…angliciste, caustique, curieux, distrait, enseignant, grognon, humaniste, parisien, père, photographe, politisé, quadra, roux, sportif, taquin, vin rouge, voyageur… C’est une bonne base.

 

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

         Par la lecture ! C’est presque une évidence, de dire ça. On lit, on admire, puis on dissèque pour comprendre comment fonctionne la magie. J’ai écrit des poèmes, gamin, puis des nouvelles. J’ai finalisé une épopée médiévale fantastique en alexandrins, par amour pour Hugo. Puis un polar qui m’a bien amusé. Puis un deuxième… parce que j’aime le genre et m’en suis goinfré. Dans chacun des textes que j’ai écrits, on peut voir déambuler de grands auteurs classiques, puis d’autres qui le sont moins. Un texte ne sort jamais de nulle part.

 

Quelques jours à peine après sa sortie, quel regard portez-vous sur Le jour des Morts et comment vous sentez vous ?

         Écrire un bouquin, c’est un peu comme courir un marathon en solitaire. C’est long, tu ne sais pas trop quand tu arrives (au bout d’un an environ, mais je suis sûrement lent), c’est usant aussi, parfois, parce que les choses ne se mettent pas bien en place, parce que tu doutes ; mais tu es aussi content de la faire, cette course, et d’avancer vers ton but i.e. achever de raconter cette histoire en y mettant ce que tu veux y voir. L’écriture du Jour des morts, c’est tout ça à la fois. C’est quand même chouette, à la sortie du bouquin, de se retourner et de voir le chemin parcouru, d’apprécier le résultat. Et ta chronique a été la première réaction en ligne d’un lecteur que je ne connaissais pas : « meilleur thriller lu en 2014 » ! Là, tu souffles et tu souris, parce que tu te dis que tu t’es pas complètement planté ! Il apparaît en plus que les lecteurs de L’Heure des fous étaient en embuscade et attendaient cette sortie. Le bouquin démarre fort !

         Donc je peux le dire : je me sens bien !

 

Parlez-nous de Mehrlicht et de son équipe que les lecteurs ont déjà découverts dans L’heure des Fous ?

         J’ai de l’affection pour le capitaine Mehrlicht, et j’aime aussi lorsqu’il va trop loin. C’est un flic qui agrège des éléments notoires des archétypes du genre: l’imperméable de Columbo, l’âge de Maigret, la clope de Bourrel, l’argot de Moulin… Ce sont précisément ces éléments qui font de Mehrlicht un personnage différent, parce qu’il est d’un autre temps, en décalage et en souffrance. C’est un petit homme rongé par la Gitane et par le deuil, à la peau jaune, à la voix érayé, un homme fragile et cynique, vieillissant et obsolescent, raide et réac. Mehrlicht, c’est aussi un amateur de bouquins, un érudit vieille-école qui n’approche ni télé ni ordinateur et qui distribue les vannes comme autant de gifles, jusqu’à en devenir pénible... Dossantos est plus binaire, c’est un Judge Dredd de pacotilles, toujours dans la posture. Dans L’Heure des fous, j’avais décidé d’en faire un « con », buté, bas-du-front. L’échec a été total : les lecteurs l’ont trouvé sympathique. Latour est le personnage féminin de la bande. C’est un personnage plus en retrait, qui paradoxalement protège énormément son équipe. Elle est sur le verbe alors que Dossantos est dans l’action (souvent pour le pire).

 

Comment vous est venue l’envie de narrer les « exploits » d’une empoisonneuse, cette catégorie de tueur en série étant rarement exploité dans les  thrillers (hé oui, un empoisonnement c’est tout de suite moins visuel qu’une éviscération par exemple) ?

         Justement ! J’écris plutôt du noir que du rouge ! On ne trouvera jamais dans mes pages de longues descriptions gore, de scènes de torture au long cours, d’épluchage en règle de nourrissons… Certains auteurs font ça très bien et s’en délectent. Leurs lecteurs aussi. Moi, ça me dégoute plutôt ! Le poison, c’est aussi propre que lâche. La deuxième raison était un défi : je voulais travailler sur les sorcières, un thème qui réunissait la femme, la potion/poison, le bouc émissaire et la magie.

 

Votre style d’écriture est dense, les chapitres sont longs, cela va à contre-courant de ce qui se fait aujourd’hui dans le thriller, est-ce une volonté de votre part ?

Le « contre-courant », ça me va !

         Je calibre mes intrigues, mes personnages, mes thèmes. Je veille au rythme, à l’alternance de tons des passages. Mais la forme est ce qu’elle est ; j’écris comme ça, et serais bien en peine d’écrire différemment. Je me permets des variations de tons et de registres entre les dialogues, les passages de narration, les descriptions. J’aime la langue et j’aime la tordre, je crois que ça se voit ! Je retravaille le texte jusqu’à ce que j’en sois content. C’est le seul critère recevable. Longueur, densité…

 

Il y a beaucoup d’humour et de bons mots dans Le jour des morts, à ce titre, l’envolée lyrique de  Mehrlicht sur la malbouffe est excellente …

         Merci ! Je tiens à m’amuser et à passer de bons moments lorsque j’écris. Ma femme m’entend glousser dans mon bureau et vient voir ce qui me fait tant marrer : c’est une phrase de Mehrlicht que je viens d’écrire… Je suis mon meilleur public ; c’est affligeant. J’espère que les lecteurs s’amusent autant que moi.

 

S'il devait y avoir une bande-son pour Le Jour des morts, quelle serait-elle ?

         La sonnerie de portable de Mehrlicht est un gimmick. Il y avait les citations d’Audiard dans L’Heure des fous, qui retentissaient toujours au (bon) mauvais moment, créant des situations cocasses.

         Dans Le Jour des morts, on est un peu moins à la fête, si je puis dire, puisque ce sont des extraits de chansons de Brel qu’égrène le portable de Mehrlicht tout au long du texte. Ces extraits de chansons sont aussi là pour illustrer des parties de l’histoire, mais contrairement à L’heure des fous, ils sont en décalage, tous annonciateurs d’un événement à venir dans le roman. Pour prendre un exemple qui ne dévoile rien, « Moi, j’attends Madeleine » annonce l’arrivée imminente du personnage de Mado. C’est pourquoi la B.O. du Jour des morts serait indubitablement de Brel.

 

De quels auteurs de votre génération vous sentez vous proche ?

         De ma génération, ça veut dire vivant ? J’aime le roman noir engagé : j’aimerais donc citer Daeninckx et Pouy, même s’ils sont d’une autre génération, de celle qui a rénové le polar français. J’aime Vargas et Pennac pour leur capacité à mêler les genres : le polar, le fantastique, l’humour… Plus récemment, j’ai beaucoup apprécié les romans de Dominique Forma, Pascal Toussaint, Olivier Norek et de Caryl Ferey, pour parler d’auteurs de polar français. J’aime aussi Nesbo, Mankell, Lehane, Pelecanos entre autres…

 

Pourriez-vous nous parler de vos projets à venir ?

         Concernant l’écriture d’abord : j’écris une troisième enquête de Mehrlicht, bien sûr. Je travaille en parallèle sur trois autres projets : un polar, une nouvelle épopée en alexandrins qui restera aussi confidentielle que la précédente, et un script pour la télé.

         Par ailleurs, je pars prochainement faire de la photo en Norvège, je prépare une ceinture marron de krav-maga que j’espère décrocher fin juin, je continue de faire de la batterie et attaquerai ma 5eme année à la rentrée, sauf si Soundgarden me contacte pour que je les accompagne lors de leur prochaine tournée mondiale…

         Bref. Les projets ne manquent pas. C’est le temps qui me fuit.

 

Le mot de la fin…

         Merci Gaylord pour ce temps que tu consacres aux auteurs et aux lecteurs. J’espère que nous nous croiserons en live avant longtemps, autour d’une bière… ou d’un Côte-Rôtie.

 

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