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Du bruit dans les oreilles, de la poussiere dans les yeux.overblog.com

Blog culturel. Chroniques littéraires, musicales et interviews

Interview personnage: Camus (avec la participation de Michael Moslonka)

Publié le 28 Août 2014 par Dubruit Danslesoreilles in ITW personnage

Interview personnage: Camus (avec la participation de Michael Moslonka)

Aujourd'hui, DBDLO a l'honneur de vous faire partager cette incroyable interview de Camus, le personnage principal de 666e Kilomètre de Michael Moslonka.

Je me souviendrais longtemps de ce grand moment de pur délire!

Merci Michael!!!!!!!!!

Bonjour, Camus, je vous remercie de m’accorder cette interview d’autant plus que j’ai cru comprendre que vous n’étiez pas très à l’aise avec les autres.

Euh... bonjour.

Hum, oui. Voilà, c'est exactement ça. Il faut dire que "L'Enfer, ce sont les autres" comme dirait... ben... l'autre, là... Je ne sais plus trop qui, en fait.

En même temps, je vous avoue que j'ai, aussi, autre chose à faire que de vous écouter.

Ne m'en veuillez pas, c'est jusque que je n'aime pas être dérangé. Voilà pourquoi, j'ai du mal avec les "autres". J'aime la tranquillité (ce qui est une chose rare à notre époque, la tranquillité) et j'aime encore plus ma tranquillité. 

Je n'étais pas vraiment comme ça quand j'avais 20 ans. J'imagine que plus nous prenons de l'âge, moins nous devenons tolérants vis-à-vis de ce qui entoure notre nombril...

J'ai également changé depuis que Mathilde (ma copine... pardon ! mon ex...) m'a quitté. Ou, plutôt: à cause de son départ. Je me suis sérieusement replié sur moi-même.

En même temps, il ne faut pas m'en vouloir de vous rabrouer, ainsi. C'est que vous me faites un peu peur. Ça doit être à force de vous voir sur Facebook (votre avatar est quand même flippant, admettez-le).

*soupir !

Et dire que je ne regarde plus les JT et que j'écoute encore moins la radio, histoire d'éviter d'être contaminé par toutes ces infos émotionnelles !!

Mais, bon, restez quand même et posez-moi vos questions. Mine de rien, j'aime bien quand on s'intéresse à moi. Et puis, échanger avec vous, ça vous rend déjà moins effrayant, monsieur Duboucan.

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Ben... Camus, 33 ans.

Voilà, quoi.

...

Vous ai-je dit que mon père était garagiste ? Non ?

Ah...

Ben, mon père était garagiste. Voilà.

Oui "était", il est décédé. Salement décédé.

Par contre, je ne vous causerai pas de ma mère et de mes soeurs. Je ne préfère pas. Ce que j'ai à vous raconter sur mes rapports avec ma famille n'est guère... très reluisant.

Ah! Oui, j'ai failli oublier ! En même temps, ça n'aurait pas été plus mal. M'en rappeler est un véritable crève-coeur ! J'ai fait des études en lycée agricole. Celui de Tilloy-lès-Mofflaines, à côté d'Arras. Une sorte de BAC, mais option "cul-terreux".

Moi, pauvre fils de garagiste, j'ai atterri, là-bas, connement. Je voulais être garde forestier, voyez-vous (à cause de Jack London et de son livre l'appel de la forêt). Manque de bol, je n'ai pas eu d'assez bons résultats pour passer de la Seconde aux grands lycées forestiers. Du coup, je suis resté à Tilloy.

Adieu arbres, petites fleurs et tronçonnage ! Bonjour, veaux, vaches, cochons...

 

Vous êtes euh… un peu spécial, vous en avez conscience ?

Parce que dans ma Clio, j'ai encore un radiocassette, c'est ça ? Et parce que je crois que la technologie ne m'aime pas ?

Ouais, je l'avoue, je suis un peu spécial. Et ça vous dérange ?

*Reste poli avec le monsieur, voyons !

Hum ! Désolé... C'est juste que, durant ma jeunesse, j'ai eu une mauvaise expérience avec des minitels... Non, je ne suis pas si vieux que ça, c'est juste la médiathèque d'Arras qui devait être mal équipée hé hé.

Bref. Le genre de truc qui vous marque un homme. Et un avenir... Vous savez, lorsque 3 minitels sur 4 s'éteignent, les uns à la suite des autres, lorsque vous souhaitez les consulter, vous n'en ressortez pas indemne. Et, à mon avis, vous êtes en droit de penser à une conspiration de la part de ces bidules. Non?

Ah, attendez ! J'ai un truc à faire...

Voilà. Voilà. Voilà. Eeeet, voilà !

Comment ? Euh... oui, je viens d'ouvrir et de refermer quatre fois de suite mon livre. Euh... Oui, ce sont des Tocs. Ça me fait ça, de temps en temps.

Rien de méchant, même si c'est parfois pénible. N'empêche, c'est dans l'air du temps. Chevalier en a, lui aussi, des Tocs. Non, non. Pas Maurice. L'autre. Celui qui est avec Laspalès et qui est aux Grosses Têtes sur RTL.

*Philippe...

Philippe Chevalier, voilà! Je me souviens de son prénom.

Vous écoutez les Grosses Têtes ? Il parait qu'à la rentrée ce sera Ruquier qui prendra le relais. J'espère que ce sera toujours aussi poilant...

J'écoute souvent la radio, même s'ils n'y passeront jamais du Trust.

 

Cette fille qui vous a largué, vous y songez encore ?

Ah, vous préférez que je vous parle d'elle?

Elle... Elle !

*rire de dépit.

Mathilde...

Oui, j'y songe sans arrêt. Je crois que je ne retomberai jamais plus amoureux. Et cette certitude me noue les tripes quand je croise (pour le peu que je sorte de chez moi) une autre fille.

Après notre rupture quelque chose s'est cassé en moi. Ça parait convenu comme formule, mais je vous assure que c'est exactement ça. Même si je serais, incapable, de vous dire ce qui s'est vraiment brisé...

*menteur!

Non, je ne vous mens pas, monsieur Duboucan.

Comment? Vous n'avez rien dit de ce genre ?

Ah? J'ai pourtant cru...

Mais, peut-être l'avez-vous pensé trop fort, ha ! ha !

Hum! Non, non. J'ai dû imaginer... Enfin, bref, toutes mes excuses.

Où en étions-nous ? Ah, oui, Mathilde... Comme vous le voyez, parler d'elle me chamboule pas mal l'esprit...

Je n'avais plus vraiment de goût à rien, après son départ. Elle était l'amour et la femme de ma vie... J'ai même voulu mourir sauf que je n'ai jamais eu le courage de passer à l'acte. Alors, j'ai prié pour être victime d'un accident.

Au final, je suis toujours là.

Je sais, je sais, il y a tout un paquet de gens qui meurent sans l'avoir demandé - et qui auraient, surtout, demandé à vivre. Ça ne m'a pas échappé. Du coup, j'ai cessé de regarder mon nombril et j'ai décidé de me ressaisir.

Les premiers temps, après notre rupture, j'écoutais du Jacques Brel. Joyeuse ambiance, n'est-ce pas ? Maintenant, j'écoute mademoiselle K - son titre Crève, par exemple.

Bref. J'ai décidé de me ressaisir, donc. Je vous le livre rien qu'à vous (même ma famille n'est pas au courant) : j'ai décidé de partir en vacances. Hé oui, de sortir de chez moi! Je pars, bientôt, en Charrente-Martime pour y rejoindre un pote Ch'Ti - Robert. Il y vit avec son petit-copain.

J'aurais dû y aller en 2010, mais il me faut parfois du temps pour sortir de chez moi. Cela, même pour aller à la Poste ou faire mes commissions...

Voilà.

Bien sûr, ça restera compliqué de ne pas oublier, Mathilde. "On n'oublie pas, on accumule", comme chantait Pierre Bachelet. Oui, j'ai, également, longuement, écouté Pierre Bachelet...

 

Il y a de moins en moins d’accidents mortels sur les routes de France, vous en pensez quoi ?

Que je ne serai pas l'exception qui confirme la règle, ha ! ha ! ha !

Vous ne riez pas?

Ah, OK... Désolé, cette blague n'est pas de très bon goût.

 

Un problème avec Geneviève de Fontenay ?

Ben, disons que je trouve ses manières et ses exigences, plutôt... désuètes. Chiantes, à vrai dire.

Elle ressemble à une sorte de miss Morale, sauf qu'elle n'a rien d'une miss, bien sûr.

Euh...

Pourquoi vous riez ? J'ai dit quelque chose de drôle ?

Ben ? Non. Ce n'était pas une blague de ma part. D'autant que je la trouve quand même attirante et intéressante cette matrone du Bien-Se-Tenir made in France ! Elle m'attire autant qu'elle me rebute...

 

Camus, vous habitez Hénin-Beaumont, une ville qui a basculé à l’extrême droite. Vous avez voté lors des dernières élections ?

Oui, oui, j'ai voté. Mais c'était compliqué pour moi.

Euh, non. Non, non! Ce n'est pas du tout ce que vous croyez, hein !

Lâche !

C'est parce qu'il fallait que je sorte de chez moi, et comme j'allais tomber sur plein de monde - imaginez, l'angoisse ! D'autant que ce n'était pas n'importe où. C'était à Hénin. Hénin-Beaumont ! Il allait y avoir, forcément, de la tension dans l'air - tout ce qu'il faut pour que je sois mal à l'aise.

Mais j'y suis allé. Je ne suis pas un lâche. J'y suis allé de bonne heure, j'avais préparé mon bulletin de vote pour ne pas perdre de temps dans l'isoloir - bien que là, j'étais plutôt à mon aise. J'ai rasé tous les murs, ceux de la rue, comme ceux de la salle de vote. J'ai regardé mes pieds en glissant le bulletin dans l'urne et j'ai filé sans demander mon reste.

Maintenant, ne me demandez pas de commenter le résultat. Tout mon courage, je l'ai mis pour sortir de chez moi. Alors, je préfère me taire là-dessus. Je n'ai pas envie d'avoir des problèmes. Même si je n'en pense pas moins, sachez que m'attirer des ennuis pour des idées, ce n'est pas du tout mon truc.

* Le courage des pensées,

la lâcheté des actes...

 

Si vous deviez vous réincarner en voiture, cela serait laquelle ?

Bah! en n'importe quelle voiture. Une voiture n'est ni plus ni moins, qu'un tas de tôle posé sur des roues.

Quoi que...

Si je renaissais en Ferrari, je pourrais me consoler de Mathilde avec une de ces nanas du salon de l'automobile de Genève. Mais pas une fille avec de trop gros seins, hein. Les seins, je les préfère pas trop gros, en fait. Ni trop petits. Normaux, quoi.

Mais bon. Il y a que les fanas de bagnoles pour penser à ça.

À se réincarner en voiture, je veux dire.

Non, mais, sérieux. Franchement! Je ne les comprends pas, ces types. Toutes leurs formules dytirenbiques et imagées n'ont aucun sens. C'est comme... comme... Ben comme ces cuistots qui vous parlent d'un truc qu'ils aiment bien. À manger, c'est "à manger", non?

Eh bien ! une voiture, c'est une voiture.

 

Un mot pour finir ?

Pourquoi un mot pour finir? C'est toi qui n'arrêtes pas avec tes questions!

* Camus!

Ta mère ne t'a-t-elle pas appris la politesse?

Déjà que tu l'as abandonnée au décès de ton père

et de ton beau-père, ensuite...

Hum... Pardon: c'est vous qui n'arrêtez pas avec vos questions...

 

Merci beaucoup hé mec, tu peux me déposer quelque part ?

Euh... Oui.

...

En fait, je voudrais bien, mais je suis pris.

Je vais dans une autre direction que vous.

Je bosse, aussi. Je ne peux pas me permettre un détour.

Et puis, même si je pouvais, l'intérieur de ma Clio est tellement sale que vous n'apprécierez pas le voyage, alors...

*Même si je VOULAIS !

Euh ? Quelqu'un a parlé, là ? Si, si, je vous assure ! ça n'arrête pas depuis que vous m'avez interpelé...

Comment ça, c'est moi qui ai dit " Même si je voulais" ???

Ah, bon ?

OK, OK, si vous le dîtes...

Je vais être honnête alors... Je ne veux pas vous avoir avec moi. J'aime ma tranquillité. Et, dans ma Clio, c'est comme chez moi : je n'aime pas être dérangé. Et je crains fort que vous ne mettiez trop de bruit dans mes oreilles. La poussière, je m'en fous, l'intérieur de ma Clio est vraiment crade, mais le bruit ? Cela stresse ma tranquillité d'esprit.

Au revoir, monsieur Duboucan.

*Pénible, ce gars avec ses questions...

*Pas moyen de lire un bon Moslonka sans être dérangé!

* D'autant qu'avec son nouveau livre, il fête ses 10 ans d'édition

(son premier roman a été publié en 2004)

Putain ! 10 ans... Je n'étais pas aussi toqué, à l'époque...

Hé, Monsieur Duboucan !

Revenez ! J'ai encore des choses à vous confier !

 

 

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