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Blog culturel. Chroniques littéraires, musicales et interviews

Interview d'Alexandra Varrin septembre 2014

Publié le 5 Septembre 2014 par Dubruit Danslesoreilles in interviews, Semaines spéciales

© COPYRIGHT THIERRY RATEAU
© COPYRIGHT THIERRY RATEAU

Et voici le moment de clore cette semaine spécial Alexandra Varrin et quoi de mieux que de laisser la parole à l'auteure pour cela.

Bonjour Alexandra,

 

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Alexandra Varrin, j’ai 29 ans, et manifestement j’aime beaucoup Stephen King.
 

Comment êtes-vous venue à l’écriture et de quelle manière Stephen King vous a-t-il influencé ?

La manière dont j’ai commencé à écrire est justement très liée à lui. Peut-être que j’y serais venue de toute façon, puisque les livres ont toujours été une échappatoire pour moi depuis très jeune, mais la première fois que j’ai vraiment écrit un manuscrit, j’avais 12 ans, je venais de terminer Le Fléau, un de ses romans les plus connus, et j’étais tellement triste à l’idée de devoir quitter ce monde qui était devenu un refuge pour moi que j’ai entrepris d’écrire la suite. Quand on a cet âge-là, la limite entre l’ambition et l’insouciance est quelque chose d’assez flou.
Il en a résulté un texte de presque 300 pages gribouillé sur plusieurs cahiers petit format à gros carreaux, épouvantable au niveau du fond aussi, puisque même très jeune, je n’étais pas du tout convaincue moi-même. En plus d’avoir eu très mal au poignet à force de vider les cartouches de mon stylo plume, il y a eu un autre effet secondaire, cela dit : l’envie de continuer à écrire et, puisque je n’arrivais décidément pas à grand chose en essayant de suivre la voie de mon écrivain préféré, d’inventer des personnages à mon tour.
L’écriture est devenue une activité cathartique, et une passion qui ne m’a pas quittée depuis.

 

Comment définiriez-vous votre style d’écriture ?

La plupart de mes livres sont des romans contemporains qui comportent une grande part d’autofiction, même si c’est un genre et une appellation dont je ne me réclamerais pas, parce que j’ai l’impression que, la plupart du temps, c’est un domaine qui est prétexte à mettre en scène une version idéalisée de ce que l’on aimerait être.
Je pense faire à peu près tout l’inverse, justement, en me logeant à la même enseigne que mes personnages et en ayant une volonté d’honnêteté en guise de fil conducteur. Mes personnages sont des gens ordinaires dans un monde on ne peut plus banal ; l’ironie et le décalage venant du fait que c’est aussi un monde où chacun se veut extraordinaire.

 

Vos écrits couvrent un large spectre (anticipation, satire familiale, …).C’est d’autant plus vrai avec « Une semaine dans la vie de Stephen King » qui mêle à la fois carnet de route, autobiographie et analyse de l’œuvre du maître de l’horreur. Comment expliquez-vous cela ?

Je n’ai jamais vraiment d’intention précise lorsque je commence un manuscrit, et j’ai d’ailleurs beaucoup d’essais inachevés qui dorment dans mon ordinateur parce que l’idée de départ a fini par me désintéresser en cours de route. Ceux qui ont été publiés correspondent tous à des histoires que j’ai eu réellement envie de raconter, et exception faite d’Omega et les animaux mécaniques, le deuxième, ils ont tous en commun une tonalité assez sarcastique, moins perceptible je pense dans Une Semaine dans la vie de Stephen King, assez simplement parce que le sujet était plus propice à l’émotion qu’à la raillerie.
Je pense que ce qui les rassemble aussi, c’est qu’on retrouve à chaque fois en filigrane cette idée qu’au fond rien n’est bien grave ni bien sérieux. C’est ce qui a inspiré le titre de J’ai décidé de m’en foutre, d’ailleurs ; j’avais envie de créer une sorte d’escale dans la course à la performance à laquelle on participe tous à notre manière au quotidien. De rétablir l’importance de relativiser, de prendre du recul, et surtout de pouvoir se moquer de soi-même.

 

A quelques jours de la sortie de « Une semaine dans la vie de Stephen King », comment vous sentez-vous ?

Je suis vraiment heureuse que le livre paraisse. Je pense que la publication est une manière de partager des idées et des émotions avec des lecteurs, et j’espère que ce texte trouvera les siens !
 

Je pense que ce livre n’est pas exclusivement réservé aux fans de Stephen King, tout amoureux des lettres peut s’y retrouver. Était-ce une volonté de votre part de rendre ce livre universel ?

Complètement, même que toute personne s’étant partiellement construite via la fiction en général, que ce soit les livres, les films ou la musique, puisse s’identifier aux différentes étapes qui marquent la construction identitaire de mon personnage dans le livre.
J’avais envie d’écrire quelque chose autour de Stephen King depuis longtemps, mais jusqu’à sa venue en France en novembre 2013, je n’avais jamais trouvé comment m’y prendre. J’avais pensé à un essai, mais ça me semblait à la fois trop élitiste et trop barbant, bref, l’idée restait dans un coin de ma tête sans vraiment évoluer. Le fait d’avoir pu le croiser cinq fois de suite au cours de la semaine qu’il a passée à Paris, je ne m’en suis pas rendue compte sur le moment, mais ça a été l’élément déclencheur : les interactions servent de trame de fond, sur laquelle j’ai ajouté beaucoup d’éléments introspectifs en y mêlant quelques analyses de ses livres toujours croisées avec des expériences personnelles.
Je pense qu’il y a clairement une volonté de rendre un hommage à ma façon, d’immortaliser aussi la semaine exceptionnelle que des milliers d’autres fans ont vécue en novembre 2013, mais surtout de montrer que la fiction, particulièrement en littérature, ne fait pas que faire rêver les gens mais peut aussi les aider à grandir.

 

Qu’aviez-vous pensé de Joyland ?

C’est un des derniers très bons livres de Stephen King. Un petit côté thriller mais presque en sourdine, et un roman très réussi et empreint de nostalgie sur l’insouciance de l’adolescence qui s’évanouit alors que commence la vie d’adulte.
Ca a aussi été pour moi l’occasion de vivre une expérience mystique en me réveillant au beau milieu de la nuit après en avoir lu une vingtaine de pages à tout casser, en sursaut et avec une épiphanie : « C’est X le tueur ! ». Je ne vous dis pas qui est X pour ne pas spoiler, mais j’avais raison !
Depuis j’ai lu Mr Mercedes, qui sortira en France en 2015 et qui est un thriller très très réussi, avec en guise de bonus, une expérience interactive mise en ligne sur le site internet officiel de Stephen King qui permet de voir certains aspects de l’intrigue par les yeux du tueur. On a une démarche promotionnelle très nord-américaine, mais une utilisation vraiment intéressante d’internet avec par exemple la re-création d’un site de rencontres surlequel le tueur et son adversaire, un ancien détective, échangent dans le roman. A l’heure où beaucoup d’auteurs sont encore frileux par rapport à leur intégration du web dans leurs romans (jeu : en une minute grand maximum, essayez de citer cinq livres récents où vous vous souvenez avoir vu mentionné un réseau social comme Facebook ou Twitter – vous verrez, ça n’est pas si simple !), on a encore une fois un auteur en totale adéquation avec son temps et dont chaque nouveau livre offre un témoignage sur la société contemporaine. Pour faire le lien avec la question précédente, je pense que Stephen King étant un auteur universel, ç’aurait presque été un contre-sens de lui rendre un hommage qui ne soit accessible qu’à des gens qui le connaissent très bien.

 

Sur ce blog, musique et littérature sont complémentaires. J’ai cru comprendre que vous aimiez « Le gros rock américain qui tâche ». Quelle est la bande-son de votre vie ?

Je suis très éclectique, j’aime aussi beaucoup Miossec !
Sérieusement, ça n’est pas une question facile ; pour l’avoir vu plus d’une dizaine de fois en concert y compris mort bourré, j’imagine que je ne peux pas ne pas inclure Marilyn Manson, et dans la même veine, je mettrais aussi Nine Inch Nails (période pré-bandes originales de films, avec l’énergie rebelle du début) et Rammstein parce qu’il n’y a pas qu’en football que les Allemands sont excellents. J’ajouterais Rob Zombie et Powerman 5000, le groupe de son petit frère, Black Rebel Motorcycle Club, quelques classiques comme David Bowie, les Smiths, et histoire de garder une dose d’absurde là au milieu, un groupe comme La Compagnie Créole ou Francky Vincent pour clôturer le tout (sérieusement, quand vous n’avez pas trop le moral et que vous êtes d’humeur à écouter des chansons à vous pendre pour enfoncer le clou, mettez vous un medley de Francky Vincent : ça semble tellement absurde de déprimer avec une B.O pareille que l’envie passe aussitôt !)

 

Des projets à venir ?

Des idées et des petites choses en route, sans vraiment que j’en sache plus moi-même.
J’espère que beaucoup de gens achèteront le livre, ça me permettrait d’aller aux Maldives.

 

Impossible pour moi de passer à côté de cette question : « Qu’est-ce qui vous fait peur Alexandra Varrin ? » (Je tamise virtuellement la lumière et passe une bande-son morbide constellée de cris d’effrois).

Très bien vu :-D
J’ai peur de tout un tas de choses, des autres, de moi, de la perception qu’on peut avoir les uns des autres. Je pense que ce qui me terrifie le plus, c’est l’impossibilité de communiquer avec les autres, comme si différents mondes étaient parallèles et tellement hermétiques qu’il n’existerait aucune passerelle entre eux.
J’ai peur du chaos, de l’idée que les choses arrivent parce qu’elles arrivent, et pas nécessairement pour une raison. Et en même temps c’est une idée rassurante parce que ça nous ramène assez brutalement à la place qu’on occupe à l’échelle du monde : vaguement quelque part, et tout le monde s’en fout – ce qui aide aussi à relativiser !

 

Le mot de la fin ?

J’aimerais vraiment énormément aller aux Maldives !

 

Un grand merci à vous Alexandra.

 

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