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Blog culturel. Chroniques littéraires, musicales et interviews

Interview de Fabio M. Mitchelli octobre 2014

Publié le 3 Octobre 2014 par Dubruit Danslesoreilles in interviews

Interview de Fabio M. Mitchelli octobre 2014

La compassion du Diable m'a scotché! Il deviendra à coup sûr un des grands romans noir de 2014. Sa sortie étant imminente (le 06 octobre), je vous propose une interview de son auteur afin de vous préparer à la déferlante!

Bonjour Fabio, pour votre seconde interview dans les pages de DBDLO, je vous propose d’aborder en détail la genèse de votre nouveau livre inspiré de la vie de Jeffrey Dahmer : "La compassion Du Diable".

 

D’où vous vient cette fascination pour le cannibale de Milwaukee ?

Bonjour Gaylord. Comme pour la plupart de mes romans, le sujet traité en fond est en général  un élément clé qui, à un moment donné, est venu bouleverser ma vie. Je ne dis pas que Jeffrey Dahmer à bouleversé mon existence mais, depuis une vingtaine d'années, c'est un personnage qui me fascine énormément, comme certains peuvent être fascinés par la vie de Ted Bundy, les mystèrieux meurtres de Jack l'éventreur, ou bien encore la franc-maçonnerie. Bref, je suis curieux de tout ce qui peut avoir de près ou de loin un rapport avec Dahmer. Si ce criminel a autant inspiré de si nombreux écrivains et cinéastes ce n'est pas un hasard. Il y a quelque chose d'hypnotique qui émane de ce personnage, une psychologie déroutante, étrange. Son parcours criminel, atypique, prouve à quel point le personnage s'est enfoncé lentement dans l'horreur, sans jamais vraiment prendre conscience de l'envergure de celle-ci. Dahmer reste l'un des rares criminels à avoir avoué qu'il regrettait ses méfaits, mais aussi avoir "aimé" ses victimes...

 

 

Comment vous sentez-vous à quelques jours de la sortie de votre roman ?

Fébrile. Impatient de découvrir la réaction de mon fidèle lectorat qui ne m'a pas lâché depuis "La verticale du fou". Avec "La compassion du diable", je renoue avec le vrai thriller noir, le genre de récit que je n'ai pas réécrit depuis "Tueurs au sommet", avec la maturité en plus... (enfin, je l'espère!).

 

 

Quand vous est venue l’idée de mélanger faits réels et fiction ?

Le jour où je me suis enfin décidé d'écrire un roman qui évoquerait la courte vie de Dahmer, ainsi que son abominable parcours criminel. Ce qui était certain, c'est que je ne voulais pas écrire une énième biographie sur lui, ni même un roman "sur lui". Et malgré la distance, malgré le fait que tout ces évènements appartiennent aussi bien aux familles des victimes qu'à l'opinion public américain, par pudeur, par respect pour les familles encore endeuillées à ce jour, je n'ai pas voulu faire de ce roman un guide touristique à sensation. C'est pour cela que le personnage principal de "La compassion du diable" ne se nomme pas Jeffrey Dahmer, c'est aussi pour cela que j'ai volontairement "délocalisé" le coeur du récit et l'ai transféré de l'état du Wisconsin à celui de l'Ohio. J'ai donc dû avoir recours à la fiction, réinventer les lieux, les personnages, leur façonner quelques fragments de vie un peu déviés de la réalité. Mais, forcémment, c'est de Dahmer dont il s'agit et, dans ce sombre récit, la plupart des meurtres, des scènes de la vie courante du personnage central, sont les authentiques bribes de la vie du "célèbre" criminel. Bref, j'ai potassé une année durant pour connaitre tout ce que je ne connaissais pas encore sur Jeffrey Dahmer, et j'ai mélangé dans le chaudron magique tous ces ingrédients...

 

 

Ce livre se démarque des vos œuvres précédentes par l’absence de fantastique, pourquoi ce changement ?

J'avais envie de revenir au thriller noir, au texte obscur. Comme le souligne Bernard Minier sur la couverture du roman: c'est brutal, terrifiant, et sans concessions.

Je voulais faire découvrir Jeffrey Dahmer à mes lecteurs , mais pas en privé, pas en aparté, je voulais le faire de façon à ce que l'on puisse le découvrir tout en plongeant dans un récit captivant. Je voulais que le lecteur puisse connaitre ce tueur hors-norme mais en lisant un roman noir, pas en tournant les pages d'un quotidien. En 2011, "Tueurs au sommet" déclamait justement un texte brutal, de la violence dépouillée, l'étalage de faits divers sordides dans lesquels on ne trouve pas l'horreur dans le fait en lui-même,  mais dans la douleur que ressentent les proches face au crime. Le fantastique, dans mes précédents roman, n'est pas à prendre au pied de la lettre, ce n'est juste qu'une suggestion faite au lecteur.  Je lui donne les clés du roman, la possibilité de rêver, d'assembler l'impossible avec l'impensable, mais au bout du compte, mes récits restent très rationnels...

 

 

Votre style s’est affiné. "La compassion du Diable" est, à mon sens, votre meilleur texte. Comment expliquez-vous cette évolution ?

J'ai beaucoup travaillé. J'ai essayé dêtre juste sur à peu près tout: le champ lexical, l'élaboration structurelle, les dialogues, la véracité des faits, le souci du détail. J'ai aussi surtout appris à être patient... Je me suis aussi entouré des bonnes personnes qui ont su me conseiller, m'accompagner. Bernard Minier, à qui je dois beaucoup pour avoir collaboré sur le lissage de "La compassion du diable, m'a permis de mieux comprendre certains rouages essentiels.  Je crois, à mon sens, qu'un roman n'est pas un morceau de barbaque auquel on fait subir un aller-retour sur un piano de cuisson. Je pense que cela demande de la réflexion, des lectures et des relectures, des corrections, du recul, et encore de la réflexion, et encore des corrections. Il faut être pragmatique parfois, et intransigeant avec soi-même à d'autres moment. Aujourd' hui, ma vitesse de croisière est de deux ans pour écrire, je crois que c'est là le minimum pour un steak à point... même si certains le préfèrent saignant!

 

 

Ce livre serait-il un tournant dans votre bibliographie ?

Probablement. En tous les cas je me suis découvert une véritable passion pour les faits réels, que j'agrémente de fiction. Le premier roman "coup de poing" qui m'a inspiré, pour pouvoir travailler de la sorte, c'est "Claustria", de Régis Jauffret" que j'ai lu en 2011. Ecrire une fiction, en partant d'un fait divers qui avait défrayé la chronique et horrifié l'Autriche,  c'était fort, très fort! L'histoire de Josef Fritzl et de sa fille Elisabeth, sequestrée et violée dans une cave sordide pendant 24 ans, n'est pas une fiction... mais Jauffret a su raconter cette histoire "from the inside", avec les "yeux" de la victime... Alors, oui, l'on peut dire qu'il s'agit-là probablement d'un tournant dans ma bibliographie. Le "Protocole 424", toujours en "évaluation", se trouve être justement un récit où se mêlent des faits historiques qui se sont réellement déroulés, et une fiction qui  relate les travers de l'industrie pharmaceutique...

 

 

Croyez-vous qu’il soit possible d’avoir de la compassion pour certains individus qui ont commis des crimes effroyables ?

J'exècre plus que tout les criminels qui ont commis des meurtres d'enfants, des crimes violents, et j'ai d'ailleurs beaucoup de mal avec la violence, en tous les cas à l'accepter en tant que telle. Mais je dois avouer qu'il m'arrive parfois, comme cela s'est produit pour le cas "Dahmer", de parvenir à comprendre quel mécanisme a poussé un meurtrier à devenir ce qu'il est devenu. Bien souvent, ce n'est jamais vraiment gratuit. Beaucoup ont souffert en traversant l'enfance ou l'adolescence, certains ont été battus, humiliés, delaissés, livrés à eux-même, d'autres ont été violés. Ce sont ces troubles, et cette incommensurable solitude qu'ils ont pu ressentir qui se traduisent bien plus tard par des actes de violence,  par le besoin d'être aimer ou de dominer. Je ne suis pas en train de dire que chaque criminel prétend à une circonstance atténuante pour chaque meurtre qu'il a pu commettre, mais je dis que tout être humain possède une conscience et ressent des émotions, éprouve des sensations. Alors, si cette conscience subit des traumatismes, si des violences émotionnelles enfouies viennent à ressurgir, il est évident que l'ordre des choses en est bouleversé. Un individu détruit psychologiquement ne l'est pas grâce au fruit du hasard, il le devient par la faute d'actes d'humiliation, d'agressions physiques ou de harcelement moral. Encore une fois, l'Homme est responsable de son propre cancer qu'il répand... Je n'irai donc pas jusque dire que je pourrais avoir de la compassion pour ce genre d'individu, mais que le problème se trouve en amont. Bien avant que le monstre hideux ne se déchaîne, il y a un enfant, un bébé, et des parents, responsables, ou pas, de l'éducation et de l'avenir de leur progéniture...

 

 

Vous nous parlez de vos futurs projets ?

Avec grand plaisir. Il y aura une autre surprise d'ici la fin de l'année, toujours aux Editions Fleur Sauvage, mais chuuuuuuuut! Puis pour début 2015, probablement des nouvelles du "Protocole 424" qui aurait dû paraître cette année, mais malheureusement, la maison avec laquelle j'avais signé a dû rendre les armes. Ce projet est un énorme chantier sur lequel  j'ai travaillé 30 mois, phase après phase. La première partie m'a demandé quasiment 18 mois d'écriture, puis les deux autres écrites sur 12 mois. Un travail de documentation éreintant, long, mais ô combien passionnant a occupé nombre de mes nuits. Je suis aussi passé par une sorte de dépression à l'issue de l'écriture du "Protocole 424", marqué par quelques découvertes relativement surprenantes concernant certaines pratiques du régime nazi  lors de la seconde guerre mondiale. Et puis, une terrible épreuve aussi, personnelle, est venu parachaver cet état de tristesse dans lequel j'étais plongé, au moment même où j'écrivais les dernières lignes du roman. Mais ce qui m'a le plus perturbé, c'est l'ignoble collaboration de certains grands laboratoires de l'industrie pharmaceutique qui, de nos jours, ont pignon sur rue et portent toujours le même nom! Bref, oui, 2015 (je l'espère très fort) sera probablement marqué par la parution du "Protocole 424" qui reste un roman très perturbant... pour le reste, tout est en chantier et mijote tranquillement sur le gaz de mon bureau. Cela dit,une nouvelle aventure littéraire me tend les bras depuis peu, toujours cette fiction teintée de faits réels. Un road-trip très noir, un thriller dans lequel seraient mis en scène deux amoureux transis, un jeune couple très célèbre qui, à sa manière, a terrorisé l'opinion public dans l'Amérique des années 30...

 

 

Le mot de la fin ?

En ces temps difficiles, je souhaite à tous de trouver le bonheur, quel qu'il soit, quel que soit la perception du bonheur que chacun se fait. Lire est une manière de s'évader, pour quelques heures, quelques jours. Cela permet de se sentir libre aussi, mais surtout de plonger dans un univers dans lequel nous avons la sensation que rien ne peut nous arriver. De mon côté, je remercie très sincèrement les lecteurs qui ne m'ont pas lâché depuis "La trilogie des verticales", ceux qui me découvrent et ceux qui me font confiance. Je remercie également tous ceux qui m'épaulent dans cette si fascinante besogne qu'est l'écriture, dans l'ombre, et produisent un travail de qualité. Enfin, un grand merci à David Lecomte, mon éditeur, qui a su m'accorder sa confiance et m'accueillir dans sa jeune et dynamique écurie.

Un grand merci pour cette interview, et chapeau bas pour ce blog qui ne cesse de s'étoffer, et de faire découvrir de vraies pépites littéraires...

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