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Blog culturel. Chroniques littéraires, musicales et interviews

Interview de Barbara Abel mai 2015

Publié le 30 Mai 2015 par Gaylord in interviews

Crédit photo: Liesbet Peremans

Crédit photo: Liesbet Peremans

Bonjour Barbara.

Pour en avoir discuté avec vous au salon du polar de Lens, la publication d’un livre, c’est un peu comme une naissance. L’innocence des bourreaux vient de sortir, comment se porte la maman et le bébé ?

Mais fort bien, je vous remercie ! L’enfant est plutôt costaud et semble plaire et se plaire dans le grand monde ;-) En fait, à la réflexion, je dirais que plus qu’une naissance, c’est un peu comme un enfant devenu grand qui quitte le nid. Durand la rédaction, il était en « formation » : il est né dans ma tête, je l’ai élevé, éduqué, peaufiné, il a grandi, il s’est développé, de telle sorte que, parvenu à sa taille définitive, il puisse vivre sa vie sans moi. Je l’accompagne encore un peu lors de ses débuts, à travers la promo et les différentes interviews, comme tous bons parents le feraient pour son enfant. Et, pareille à une mère, j’en suis fière, je le trouve magnifique même si je suis un peu inquiète de l’impression qu’il fera. ;-)     

 

Nouvel éditeur, nouveaux personnages, ce roman, c’est celui du changement non ?

Oui et non. Il est vrai que j’ai voulu marquer un tournant par rapport à mes deux précédents romans, « Derrière la haine » et « Après la fin », mais ça reste du thriller psychologique avec des thèmes qui me sont chers (la maternité et l’ordinaire qui bascule dans l’horreur, pour ne citer qu’eux), thèmes que l’on retrouve dans la plupart de mes romans. En revanche, je souhaitais réellement me confronter à une multiplicité de personnages, ce que je fais rarement d’habitude. Mener de front plusieurs destins à travers une même histoire, sans que le lecteur se sente perdu, qu’il puisse rattacher ses wagons à la seule évocation d’un nom ou d’un prénom ; jouer avec le vivier de situations que tous ces personnages m’offraient, enchaîner les coups de théâtre tout en restant dans une logique très concrète… Pour tout cela, oui, ce roman est différent des autres. 

 

Une couverture a circulé sur net elle était très proche de celle de Derrière la Haine et Après la fin. Celle choisie en définitif est très épurée et contraste véritablement avec les précédentes. Pourriez-vous nous en raconter l’origine ?

En vérité, c’est l’histoire de la couverture d’un livre que l’on désire la plus efficace possible, la plus fidèle à l’ambiance du roman aussi, et donc on fait plusieurs essais, que l’on propose aux professionnels qui accompagnent les différentes étapes de la création et du parcours du livre. La couverture dont vous parlez est l’un de ces essais. C’est de la cuisine interne qui n’aurait jamais dû filtrer sur le Net. Elle n’a pas été retenue. J’ignore comment elle s’est retrouvée là, mais elle aurait dû rester ce qu’elle est en vérité : un essai.      

 

Comment vous est venue l’idée d’écrire sur un braquage dans une supérette ?

Comme je vous l’ai dit,  l’envie résolue de passer à quelque chose de totalement différent du diptyque « Derrière la haine » - « Après la fin ». J’avais envie d’une histoire avec plusieurs personnages, me frotter à cette difficulté-là, réussir le chalenge d’embarquer le lecteur dans un roman choral. J’avais envie de jouer avec la destinée de tous ces personnages et profiter du panel de situations et autres climax que la confrontation dans un moment critique m’offrait. Pousser le plus loin possible toutes les tensions qui se dégagent de ce point de départ. Dès lors, réunir des gens qui ne se connaissent pas dans un endroit neutre a été le moteur qui m’a poussée à choisir cet endroit (une supérette) et cette situation (un braquage).

 

Encore une fois, la relation parent-enfant est au cœur du récit. J’image que vous vous inspirez en partie de votre quotidien pour décrire tout cela…

Bien entendu. Les relations entre la mère quadra et son fils adolescent sont clairement inspirées de mon quotidien avec mon fils, même si je n’ai jamais fracassé sa manette PS4 contre le mur (bien que l’envie ait souvent été très forte ;-) ). De même, la jeune maman qui a laissé seul son enfant de trois ans devant un dessin animé et qui est morte d’inquiétude… Je n’ai jamais vécu ce genre de situation, fort heureusement, mais c’est une anxiété que je comprends tout à fait. Je suis donc plus à même de décrire ces émotions de manière sensible et affective. Et comme je pense que ce sont des émotions que beaucoup de gens éprouvent, ils s’y reconnaissent, et sont donc plus touchés, plus concernés par le destin de mes personnages. C’est ma façon de créer une catharsis entre lecteurs et personnages, ingrédient indispensable selon moi pour ce genre littéraire qu’est le thriller psychologique.          

 

La question que tous les lecteurs se posent : Y aura-t-il une suite à Après la fin ?

La réponse que je fais à chaque fois : je n’en sais rien ! J. La condition sine qua non pour qu’il y ait une suite, c’est d’avoir une p***** de bonne idée. Je n’ai absolument pas envie de faire une suite pour faire une suite. Je souhaite trouver un canevas qui rassemble les personnages restants de « Après la fin » afin de les mettre dans une situation qui puisse tenir toute seule (avec, évidemment, leur passif, leurs démons, leur histoire) mais qui soit autonome tout en restant fidèle au style narratif de « Derrière la haine ». J’ai bien une petite idée d’un point de départ intéressant, maintenant il faut pouvoir développer cette idée pour qu’elle tienne sur 300 pages. Si un jour j’écris une suite, je veux qu’elle soit irréprochable !

 

Quels livres vous ont vraiment accrochés en ce début d’année ?

Je viens de terminer un roman qui m’a scotchée, pas tout à fait récent (désolée), il s’agit de « Défendre Jacob » de William Landay : un thriller judiciaire haletant, raconté à la première personne par un père – procureur adjoint de surcroît – dont le fils de 14 ans est accusé du meurtre d’un de ses camarades d’école. Nous suivons toute la procédure judiciaire à travers les yeux et les émotions de ce bon père de famille, avec cette question de plus en plus nocive et entêtante qui se glisse dans ses pensées : son fils est-il réellement innocent comme il le croit ? C’est terrible !

 

Alors, Barbara, quelle est la suite du programme ? De nouveaux projets en cours ?

Oui, pas mal de projets, un nouveau roman, bien entendu, dont j’entamerai la rédaction au mois de septembre prochain, et puis d’autres choses qui se dessinent de plus en plus précisément, mais dont je garde encore un peu le secret ;-) 

 

Nous finirons par une question métaphysique directement inspirée du dernier roman de Fabio M. Mitchelli et qui trouve écho dans « L’innocence des bourreaux » : peut-on éprouver de la compassion pour le Diable ?

 

Haha ! Mais qui est le diable ? Et qui est Dieu ? Je pencherais plutôt pour l’idée que nous avons tous en nous un part divine et une part démoniaque. Dès lors, ne s’agirait-il pas simplement d’éprouver de la compassion pour le genre humain ? 

 

Merci Barbara !

Tout le plaisir est pour moi, Gaylord !

 

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