Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Du bruit dans les oreilles, de la poussiere dans les yeux.overblog.com

Blog culturel. Chroniques littéraires, musicales et interviews

Chronique de "La mécanique des Geishas" et interview de Fabrice Vanneste

Publié le 23 Avril 2013 par Dubruit Danslesoreilles

Chronique de "La mécanique des Geishas" et interview de  Fabrice Vanneste

LA CHRONIQUE

Parfois la rencontre avec un livre ça tient à peu de choses. Pour « La Mécanique des Geishas » c’est une connaissance de Facebook qui m’a mis en relation avec l’auteur Fabrice Vanneste.

Une petite discussion avec l’auteur plus tard et je décide de me laisser tenter, par chauvinisme déjà (Fabrice Vanneste est tout comme moi du Nord de la France), mais aussi car j’aime découvrir de nouveaux auteurs dont le talent n’est pas encore révélé aux yeux de tous.

Déjà, très bonne surprise à la découverte du roman dans ma boite aux lettres. L’objet est vraiment joli. C’est un plaisir de constater qu’à l’heure du numérique certains éditeurs font encore le pari de délivrer un support physique de qualité. Ensuite, la quatrième de couverture est tout simplement irrésistible. L’auteur nous résume son histoire sous forme de recette de sashimis dont les ingrédients sont : « un détective d’environ 60 à 70kg, une victime, une enquête officielle… »). Voilà qui ouvre l’appétit.

Tout ça est bien beau mais le contenu ?

L’intrigue, sous fond de cultures et traditions japonaises, relate l’enquête que va mener une jeune détective de Lille au sujet de mystérieux meurtres. Un tueur se plait à éviscérer ses victimes et les transforme en Geishas d’un autre temps. Un peu dépassé par les évènements, elle n‘a pas d’autre choix que d’enquêter car elle est impliquée malgré elle à cette sombre histoire puisque le tueur la contacte personnellement afin de lui indiquer les lieux où se trouvent ses victimes. Le meurtrier semble vouloir lier un lien particulier avec Meredith (c’est le prénom de notre héroïne), il la suit même à son insu.

Cette dernière sera aidée par Yolande, une femme d’apparence bourgeoise qui va financer ses investigations mais qui semble cacher de terribles secrets. Elles seront également en étroite relation avec un flic un peu bourru qui jouera un rôle clef dans cette histoire.

L’auteur choisi de nous raconter toutes ces turpitudes de par les yeux de notre jeune détective. Et le moins que l’on puisse dire est que cette dernière possède un sacré tempérament et beaucoup d’humour. Ce personnage atypique reflète parfaitement le livre. Un peu décalé, plein d’humour, parfois sombre et attachant.

J’ai beaucoup aimé les références que fait Fabrice Vanneste à des peintures célèbres pour décrire l’environnement et faire « ressentir » les lieux aux lecteurs.

On apprend également beaucoup de choses très intéressantes sur la culture nippone.

La Mécanique des Geishas, joli voyage entre Lille et le Japon fort divertissant qui devrait vous faire passer un bon moment.

Et je terminerais sur un beau jeu de mots extrait de la page 174 : « Et moi qui l’avait prise pour Archimède ! La seule poussée qu’il y ait eu à ce moment-là, c’est mémé dans les orties ! »

Editions Strapontins

Janvier 2012

330 pages

18€

Chronique de "La mécanique des Geishas" et interview de  Fabrice Vanneste

PRESENTATION DE L’AUTEUR PAR L’EDITEUR

Fabrice Vanneste est né quelque part entre Alger et Dublin, Mai 68 et la sortie sur les écrans du film de Kubrick Orange mécanique. Il arrive dans le temps qui lui était imparti à l’âge adulte le jour de ses dix-huit ans. Entre temps, les lectures des œuvres de Mishima, Camus, Sartre ou Céline l’ont définitivement libéré du carcan des chansons de Michel Sardou et de l’émission des Grosses têtes qui ont bercé son enfance.
Féru de cinéma, de peinture et de photo, il entame des études de filmologie. Ainsi, il découvre les théories des genders studies et axe principalement ses recherches sous cet angle théorique. Il fait quelques vidéo-danses et travaille sur des scénarii, mais rapidement, il abandonne la réalisation pour se consacrer à l’éducation à l’image. Pendant plusieurs années, il collabore à des revues où il écrit des articles sur le cinéma, intervient en milieu scolaire et anime des stages et des conférences sur ses sujets de prédilection : le Burlesque, David Lynch ou l’Animation japonaise.
Après avoir été programmateur d’une salle Art et Essai, il se décide à reprendre l’écriture de romans.
S’ensuit alors La mécanique des geishas, son premier livre édité. Nourri de peinture et puisant son style dans l’écriture cinématographique, il y confronte une région, le Nord, et une culture, le Japon.
Actuellement, il travaille sur un autre projet de roman noir : « Ro
mantic Asylum ».

L'INTERVIEW

Bonjour Fabrice Vanneste,

Bonjour Gaylord !

Pourriez-vous nous dire comment vous en êtes venu à l’écriture ?

Sûrement avec les mots à moins que ce soit avec les images ? Je suis franchement incapable de savoir comment le processus s’est élaboré… Je ne sais pas peindre, je n’ai pas l’oreille absolue… en un mot, me restait plus que cette alternative.

Quant à « La mécanique des geishas », l’idée traînait depuis quelques mois dans un recoin de mon cerveau. Quelques pages écrites, sans plus… Le projet abandonné dans un recoin de mon cerveau. Beaucoup plus tard, un soir, alors que j’étais programmateur d’un cinéma, je recevais Franck Thilliez pour le film adapté de son roman « La chambre des morts ». Alors que le film passait, autour d’une pizza, on a discuté de l’écriture. Je lui ai expliqué mon intrigue, le décor du meurtre et le fond du livre. Il m’a expliqué que ça valait la peine de l’écrire… Psychologiquement, ce soir-là, il m’a mis le pied à l’étrier d’où la référence à « La chambre des morts » et la librairie du Vieux-Lille rebaptisée « librairie Thilliez »!

Comment vous est venue l’idée d’écrire un thriller ayant pour toile de fond la culture japonaise tout en plaçant l’action dans le Nord de la France ?

Pas mal de choses se sont télescopées à l’origine de ce roman. Le point de départ réel est le jour où je suis allé en repérage dans le quartier du Blanc-Seau à Tourcoing. Aussitôt, la scène du premier meurtre m’est apparue évidente. A cette époque le personnage principal s’appelait Clovis Washington, une sorte de mélange franco-américain, parce que je bossais pas mal sur les films noirs des années 40. De toute évidence, « La mécanique des geishas » (le titre ne m’est apparu un peu plus tard) était déjà un roman sous le thème de l’hybride d’autant que mon style d’écriture est plus proche de la littérature blanche tout en étant un roman noir. Ensuite, le décor du meurtre, puis le cadavre, le modus operandi… tout s’est composé assez rapidement, comme un regard qui balaie une photographie. Je me laisse toujours porter par les images qui vont et viennent, mes personnages qui influent énormément sur l’intrigue. Je ne travaille pas avec un plan, je me laisse porter, ainsi, si une idée jaillit, m’étonne ou me glace, je me dis qu’elle pourra tout autant surprendre le lecteur…

C’est vrai qu’on se demande ce que vient faire le Japon dans le Nord… En réalité, avec la faculté de Lettres sur Lille, énormément d’étrangers viennent faire leurs études sur Lille, et il n’est pas rare de croiser des Japonais dans la métropole.

Une des raisons, celle-ci plus intime, est que j’apprécie ce pays, autant pour ce qu’il me fascine que ce qu’il m’effraie, par moment… Adolescent, j’ai découvert Mishima, sa fluidité, sa force inquiétante, et son aspect controversé, c’est pour cette raison que je laisse traîner quelques hommages à « Confessions d’un masques », au détour des phrases. Plus tard, ce fut les lectures de Kawabata ou Basho, la découverte de Kurosawa, des estampes… plus récemment, l’animation Japonaise, Miyazaki et Takahata en tête, puis les mangas… Chaque fois que j’ouvre une porte sur cette culture, je découvre de nouveaux champs que j’exploite dans mes intrigues, ce qui est le cas d’un prochain roman...

L’humour est-il un moyen pour vous de désamorcer la violence des meurtres ?

Comme une forme de douce violence ? Peut-être… C’est de cette manière que j’ai voulu traiter le prologue, sans l’humour, mais comme une caresse létale. Cette question de l’humour est importante et me renvoie directement à mon style. J’ai été le premier surpris que les lecteurs évoquent cet humour, moi qui croyais qu’il n’était pas si perceptible… Si je n’en ai pas tant conscience, c’est aussi parce qu’à travers mon écriture, je m’efforce de toucher à la sensation, d’être au plus proche de mon personnage, et dans ce cas, invariablement, il m’emprunte des manières de voir les choses, des manières de parler aussi. J’aime énormément l’absurde, l’autodérision, et en distiller à travers les scènes, permet de prendre un léger recul car, il est vrai que certaines scènes, certaines sensations sont à la limite de l’abject. Pourtant rien n’est gratuit puisque tout se lie à travers la thématique du ventre, entre thanatos et éros, de l’éviscération du seppuku rituel à la maternité…

Que cache ce titre énigmatique « La Mécanique des Geishas » ?

Toujours dans l’idée de l’hybride, de l’oxymore. Le terme mécanique renvoie à quelque chose de froid, d’implacable alors que dans l’imaginaire collectif, la geisha est une figure plus « chaude ». A ce sujet, il est important de noter que les geishas ne sont pas des prostituées mais des femmes cultivées, rompues aux arts traditionnels. Pour revenir à l’oxymore, c’est sûrement une figure de style importante du montage cinématographique. Je suis à l’origine, filmologue, j’analyse les films à travers le montage, la psychanalyse, l’histoire… et cette influence cinématographique représente une part importante dans ma manière d’aborder l’écriture tant sur le plan de l’inspiration que du style.

De quel côté puisez- vous votre inspiration ?

Partout et en moi ! Plus précisément, dans la peinture, le cinéma… Certaines scènes évoquent directement des scènes de films, « Lost Highway » de David Lynch, « Psychose » d’Alfred Hitchcock, parfois, c’est plus caché comme un autre de Lynch, « Blue Velvet ». Il en est de même pour la peinture où je m’amuse à faire référence à des tableaux, à des peintres. Lorsque je découvre des décors je ne peux m’empêcher d’y voir des références, ce qui donne cette manière de convoquer les différents Arts à travers mes lignes.

Parfois, je suis complétement inconscient des références qui m’inspirent. Par exemple, ce n’est que le roman fini que j’ai retrouvé la signification d’une séquence de « Rêves » de Kurosawa, qui met en scène des rêves marquants de sa vie. J’avais en tête la scène du tunnel entre la vie et la mort, scène effroyable ou un gradé retrouvait son bataillon qu’il avait mené à la mort après le trépas dans une ambiance à la J’accuse d’Abel Gance… Et pourtant la véritable référence à ce film est totalement ailleurs, dans la séquence de la fête des pêchers… Comme quoi, les influences dans le processus d’écriture est un phénomène très complexe. C’est aussi dans cette optique que je lis très peu de romans… afin d’éviter de plagier inconsciemment les autres…

Où en est votre second roman « Romantic Asylum » ?

Je bosse toujours deux livres à la fois. « La mécanique des geishas » n’est pas le premier que j’ai écrit mais le premier que j’ai cherché à faire publier… « Romantic Asylum » est donc déjà fini ! Je peaufine, fignole, rature, bouquine encore pour être au plus juste de certaines réalités… je suis donc encore dessus en ce moment.

Un autre est en cours d’achèvement aussi, « l’Archipel des masques », dont l’intrigue se situe entièrement à Tokyo cette fois-ci…

Merci

Commenter cet article

Dubruit Danslesoreilles 25/04/2013 22:27

Super, tu me tiendras au courant :)

Carine 26/04/2013 11:14

Avec plaisir !

Carine 25/04/2013 20:42

J'ai réagi comme toi en découvrant la 4ème de couverture ! ^_^ Bientôt en lecture ... tu m'as mis l'eau à la bouche ...

gruz 25/04/2013 08:09

Chouette avis et chouette interview, merci !

Sophie 23/04/2013 20:55

Je suis ravie qu'il t'ait plu ! et l'interview est terrible, merci à toi et à Fabrice de s'être prêté au jeu.

Dubruit Danslesoreilles 23/04/2013 22:18

Et merci à toi de nous avoir mis en relation :)