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Blog culturel. Chroniques littéraires, musicales et interviews

Chronique de "Leonis Tenebrae" et interview de son auteur Jean-François Thiery

Publié le 10 Juin 2013 par Dubruit Danslesoreilles

Chronique de "Leonis Tenebrae" et interview de son auteur Jean-François Thiery

LA CHRONIQUE

Adam Leroy est un personnage atypique. Orphelin il est élevé par le père Krakov, un homme d’église charismatique. Après avoir réussi avec succès ses études d’astrophysique à Paris Adam se détourne des sciences pour travailler dans un zoo slovaque comme simple nettoyeur de cages. Le jeune homme au look particulier (il est roux avec des dreadlocks) se remet difficilement de la mort de sa petite amie, et ce même si Alizée, fille d’ambassadeur avec qui il vit désormais, le pousse à tirer un trait sur le passé.

L’histoire commence quand un jeune collégien en visite au zoo s’introduit dans la cage des lions. Il est sauvé de justesse des griffes d’ Hastur, le mal dominant, grâce à l’intervention d’Adam. Pourtant quelques jours après, une nouvelle intrusion aura lieu dans la cage. Elle sera fatale pour le directeur du zoo qui selon les apparences aurait pénétré dans l’enceinte des fauves pour se suicider.

Isidore Marlin, ancien policier aux penchants dépressifs est dépêché par l’ambassadeur pour se rendre sur place.

On va beaucoup voyager dans ce « Leonis tenebrae » (Europe, Afrique, Canada…) au grès d’un parcours initiatique qui emmènera le héros sur les traces de son mystérieux passé.

Il sera question de complots, de société secrète, de rites sacrificiels à la gloire de Dieux anciens. Tout ce qu’il faut pour nous tenir en haleine à la lecture de ces 255 pages.

La grande force de l’auteur réside dans la construction de ses personnages. Ils sont étoffés et loin d’être de simples stéréotypes. Même ceux qui tiennent un rôle mineur dans l’intrigue bénéficient de beaucoup de profondeur. On regrette presque de ne pas plus les voir (je pense à Alizée, l’amie d’Adam qui a un énorme potentiel).

Jean-François Thiery nous fait entrer dans ce monde de manière fulgurante avec une scène d’intro vraiment saisissante.

Notons aussi qu’il y a de nombreuses références à Lovecraft tout au long du récit. Par plusieurs aspects (les rites, la société secrété qui rend hommage à des Dieux anciens, les voyages …) « Leonis Tenebrae » se rapproche de l’œuvre de ce dernier. Et ça c’est un gage de qualité.

Une belle découverte d’un auteur à suivre.

Editions Ex Aequo

Février 2013

255 pages

20€

Chronique de "Leonis Tenebrae" et interview de son auteur Jean-François Thiery

PRESENTATION DE L’AUTEUR PAR L’EDITEUR

Jean-François Thiery travaille dans l’industrie automobile. Il réside en France, en Franche Comté. Il commence à écrire en 2009, et fait publier des romans et des nouvelles. Leonis Tenebrae est son troisième thriller paru en collection Rouge chez Ex Æquo.

L’INTERVIEW

Bonjour Jean-François,

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Bonjour Gaylord, très bien, alors faisons court… 46 ans (moue ennuyée). Euh… bon, d’accord, presque 47… Marié, sans enfants, informaticien dans l’industrie, domicilié en Franche-Comté, passionné de sports et de littérature. (Un peu bizarre de trouver « sport » associé à « littérature » dans une même phrase, mais bon, sans commentaires…)

Comment en êtes-vous arrivé à l’écriture ?

Les livres ont toujours été pour moi une grande source de plaisir. En commençant par la lecture, que je considère comme un acte de création d’une richesse infinie. Certains diront qu’un texte est avant tout le produit d’un auteur, mais ils se trompent... Le lecteur est un créateur à part entière. Un exemple ? Lorsque dix personnes se penchent sur la phrase « la femme rousse traversa le hall… », dix images différentes de cette scène se forment dans leurs esprits. En ce sens, la lecture est vraiment un art majeur !

En m’exerçant à l’écriture de nouvelles en 2009, j’ai souhaité explorer une autre facette de cette activité créatrice, une sorte de prolongement de la lecture. J’ai aimé, alors… j’ai continué à tapoter sur mon clavier ; deux recueils de nouvelles en sont sortis, puis des textes plus longs surfant sur la vague des thrillers et des polars.

Près de six mois après sa sortie, quel regard portez-vous sur « Leonis Tenebrae » ?

« Leonis Tenebrae » s’éloigne des thèmes développés dans mes précédents ouvrages longs, i.e. des textes que l’on pourrait qualifier de polars. Ce thriller est davantage un roman d’initiation, où un homme se découvre un passé et un futur terrifiants.

Cette rupture dans ma production peut surprendre, mais je suis curieux, et j’aime explorer de nouveaux univers, de nouveaux personnages, faire de nouvelles expériences. Bref ! Varier les plaisirs !

L’ombre de Lovecraft plane sur l’ensemble du roman et les clins d’œil à l’œuvre du père des Grands Anciens sont légion. Dans quelle mesure cet auteur vous a influencé ?

Mes lectures adolescentes m’ont baigné dans les histoires lovecraftiennes, et les œuvres du maître de Providence (Rhode Island) restent en bonne place dans ma bibliothèque, juste à côté d’une édition du célèbre et très controversé Necronomicon.

Par ailleurs, j’ai nourri un intérêt plus récent sur les phénomènes sectaires et les organisations sataniques associées.

J’ai eu envie de revisiter cela dans un ouvrage de fiction. Voilà l’origine de « Leonis Tenebrae ».

Comme vous l’avez si justement noté - monsieur Gaylord est un connaisseur, je vois… (rires) - l’univers de Lovecraft y est très prégnant. En témoigne, par exemple, la structure du roman qui répond au déroulement codifié des messes noires antiques. Ainsi les grimoires anciens décrivent un officiant qui s’oriente vers chaque point cardinal, et invoque un démon – animal tutélaire associé à un élément (air, eau, feu, terre). Dans « Leonis Tenebrae », le héros va également se plier à ce rite au fil des chapitres.

Ces pages flirtent avec le fantastique, mais sans y basculer. Il n’y a pas de démons surgissant d’une autre dimension, prêts à détruire notre monde. Pour ça, les humains sont tout à fait capables d’y arriver tous seuls… L’univers satanique que je décris est davantage un décor pour des hommes avides de pouvoirs, un cadre pour structurer de noirs desseins, et une justification pour les pires exactions. Certains esprits malicieux diraient que, finalement, cette définition conviendrait aussi bien aux autres religions (rires)…

Adam le héros de « Leonis Tenebrae » est amené à parcourir les quatre coins du globe. Etes-vous comme lui un grand voyageur ?

Mon métier d’informaticien m’amène à voyager, effectivement… Cela doit sans doute nourrir mon imaginaire, et m’aider à planter des décors exotiques, mettre en scène des personnages atypiques…

Ceci étant, je considère mes tribulations livresques comme les plus beaux voyages qu’il m’a été donné de vivre. On se lasse du monde appréhendé par les sens ; cette fatalité nous guette, et elle finit par s’abattre sur tous, à plus ou moins brève échéance. En revanche, pour un esprit curieux, les mondes imaginaires demeurent une richesse inépuisable… Et pour cela, un billet intercontinental est inutile ! A deux pas de chez vous, il y a certainement un libraire avisé qui pourra vous orienter vers de merveilleuses destinations !

Par le passé vous avez écrit des nouvelles, allez-vous continuer cet exercice ?

La nouvelle est un genre que j’affectionne. Elle répond à une économie très particulière, car elle n’est pas un petit roman. Son écriture est aussi exigeante que passionnante. Elle ne laisse personne indifférent… On aime, ou on déteste ! Pourtant, à mon sens, on devrait aimer ! Surtout dans un environnement et une époque où les personnes courent après le temps ! Dévorer une histoire en une dizaine de minutes, cela devrait intéresser le plus grand nombre…

J’ai fait mes premières armes dans les concours de nouvelles en 2009, mais j’ai réorienté ma production vers des textes longs à partir de 2011. Pour ma part, cette « reconversion » était une condition pour continuer à être publié à compte d’éditeur…

Ceci étant, la volonté de produire des textes courts reste entière. Mon éditrice d’Ex Aequo m’a donné l’occasion de renouer, dans une certaine mesure, avec ce genre par le biais du pilote « eXpert Consulting », un livre d’une vingtaine de pages. Je pense qu’il y en aura d’autres…

Vous avez publié « Expert Consulting » qui est le pilote des aventures de Suzana Magellan. Pourriez-vous nous en dire plus sur le projet ?

Pour mon prochain roman, j’ai eu envie de planter le décor dans un univers professionnel que je connais, le monde des consultants informatique, en mettant en scène un personnage principal atypique, tourmenté, complexe. Un caractère suffisamment épais pour construire un personnage récurrent. Une femme, car les femmes offrent, à mon sens, une psychologie beaucoup plus intéressante que celle des hommes. Bien entendu, cet avis n’engage que moi, monsieur Gaylord… (rires)

Suzana Magellan va évoluer vers une fonction de consulting informatique un peu particulière. En parallèle à ses fonctions de chef de projets, elle va mener des missions de destruction de cibles humaines. En d’autres termes, elle va devenir une informaticienne - tueuse à gages…

Ce roman est prévu pour sortir des presses vers fin 2013 - début 2014. Afin de préparer cet événement, mon éditrice m’a commandé un « mini-livre » (car le mot « nouvelle » heurte, vous l’avez compris…) chargé d’introduire l’univers de Suzana Magellan.

« eXpert Consulting » décrit l’arrivée de la jeune Suzana dans le monde du travail, et explique comment elle va devenir la redoutable tueuse à gages du prochain roman.

Le but de ce pilote est essentiellement de présenter un style d’écriture, des personnages, un univers, et ceci à un prix modique. Si le mini-livre rebute, on passera son chemin quand le roman sortira, sinon on pourra tenter l’aventure avec la blonde Suzana !

D’autres romans en préparation ?

Le manuscrit du roman introduit par « eXpert Consulting » est terminé. Il s’intitule « Le contrat Magellan ». Les prochains mois vont être consacrés au travail éditorial habituel. Un peu en avant-première, je peux vous dire que l’histoire se déroule dans des lieux de pouvoir, de grandes entreprises et des cabinets ministériels, des endroits où la peur s’incarne sous des formes étranges. Quand une tueuse à gages expérimente la peur, cela promet quelques surprises... Ces pages ont été l’occasion d’amener des personnages secondaires qui seront récurrents, notamment un binôme de policiers haut en couleur, et le traditionnel médecin légiste sans lequel un polar perdrait une certaine saveur (rires).

Après ce livre, j’envisage de faire reprendre du service au groupe Wolf (personnages de « Thérapie en sourdine » & « l’affaire Cirrus »), mais je dois, conformément à l’article 151 du code de procédure pénale, rédiger les termes de la commission rogatoire… Il faut que je m’y colle sérieusement !

Le mot de la fin …

Les mots que j’emprunte à Virgile (je pense qu’il ne va pas m’en vouloir…) « Trahit sua quemque voluptas (Chacun a son penchant qui l’entraîne, Eglogues, II, 65) »

En d’autres termes, pour ma part, plaisir, toujours plaisir… de lire, d’écrire, mais toujours plaisir !

Merci pour vos réponses Jean-François

Merci à vous, Gaylord !

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Dubruit Danslesoreilles 11/06/2013 15:18

attention , il y a des allusions à Lovecraft mais le récit ne bascule à aucun moment dans le fantastique

Alex-Mot-à-Mots 11/06/2013 10:15

Pas fan de Lovecraft. Je passe mon tour.

Black Kat 11/06/2013 06:58

Des références à Lovecfraft, aux Dieux Anciens... Ce bouquin m'inspire bien et je vais sûrement me laisser tenter! Merci pour cet avis et cette interview!