Depuis le temps que j’entends parler (en bien) de Karine Giebel... On m’a souvent dit : « Quoi ? Tu n’as encore lu aucun de ses livres ?! » Alors voilà, je me lance enfin à la découverte de l’univers de multilauréate (elle collectionne les prix comme d’autres les livres sur une bibliothèque).
Me voici donc embarqué dans la lecture de son septième roman : Purgatoire des innocents.
Et comme l’on dit dans ces cas-là : « Âmes sensibles s’abstenir »
4ème de couverture :
Je m’appelle Raphaël, j’ai passé quatorze ans de ma vie derrière les barreaux.
Avec mon frère, William, et deux autres complices, nous venons de dérober trente millions d’euros de bijoux.
Ç’aurait dû être le coup du siècle, ce fut un bain de sang.
Deux morts et un blessé grave.
Le blessé, c’est mon frère. Alors, je dois chercher une planque sûre ou Will pourra reprendre des forces.
Je m’appelle Sandra.
Je suis morte, il y a longtemps, dans une chambre sordide.
Ou plutôt, quelque chose est né ce jour-là...
Je croyais avoir trouvé le refuge idéal.
Je viens de mettre les pieds en enfer.
Quelque chose qui marche et qui parle à ma place.
Et son sourire est le plus abominable qui soit...
MON AVIS :
Tout commence par quatre malfrats qui trouvent refuge dans un vieux corps de ferme habité par une vétérinaire. Un des leurs est blessé, leur hôte d’infortune devra le soigner sous la menace de Raphael, le grand frère du convalescent.
Et c’est parti pour un quasi huit clos de 600 pages. Le style de l’auteure est simple, j’ai même été un peu déçu lors des premières pages. Ensuite, j’ai compris que cette austérité était voulue, car, dépouillée de tout artifice, Karine Giebel nous délivre une œuvre spontanée et viscérale. Ici, il est question de souffrances et de douleurs. Le verbe claque comme une gifle, il vous saute à la gorge jusqu’à vous donner des hauts de cœur, pourtant vous êtes incapable de détourner le regard comme subjugué par ce déferlement de violence.
Torture, viol, meurtre, soumission, manipulation, trahison, voilà le programme.
Alors oui, on peut se demander si tout cela ne fait pas un peu trop, si ce n’est pas céder au démon de la littérature-choc, le sang pour le sang. Pour moi, je pars du principe que c’est dans des moments extrêmes que le vrai « moi » peut s’exprimer. Et donc, l’auteure nous fait une visite guidée de ce que l’humanité peut renfermer de plus sordide, dans le simple but de donner encore plus de relief à ses personnages.
Et là, niveau psychologie, c’est du très bon. Les protagonistes évoluent dans cet enfer comme des acteurs de mythologie grecque. Ils se révèleront être bien différents de ce que l’on pensait d’eux de prime abord.
Voilà un page-turner haletant qui rappelle dans ces premières pages, le film Funny Game de Michael Anneke. Dérangeant, il ne plaira pas à tout le monde (ce que je conçois très bien), mais si vous êtes comme moi, et bien vous prendrez plaisir à voir souffrir les héros de cette terrible histoire.
Le démon est en chacun de nous. Quand viendra l’heure du purgatoire il sera temps de savoir s’il vous a totalement englouti ou s’il reste encore un peu de lumière en vous.
Editions Fleuve Noir
Mai 2013
600 Pages
20 €