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Blog culturel. Chroniques littéraires, musicales et interviews

Interview de Jacques-Olivier Bosco

Publié le 20 Septembre 2013 par Dubruit Danslesoreilles in interviews

Interview de Jacques-Olivier Bosco

Bonjour Jacques-Olivier

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Salut Gaylord (j’adore ton prénom et excuse-moi si je l’ai écorché en Gaynord, on se croirait dans un roman du Trône de Fer), donc j’ai quarante cinq ans et j’habite en plein centre de Nice, entre les colline et la mer, mais ce n’est pas ma ville d’origine. Je suis né en grande banlieue, où j’ai vécu un temps, vers Draveil puis Grigny, avant de m’installer dans Paris, puis j’ai bourlingué un peu partout, jusqu’à trouver l’amour et la stabilité dans le sud.

Comment en êtes-vous venu à l’écriture ?

L’écriture est une passion, je n’ai rien essayé d’autre avant. Je crois, au tout départ, que c’est le spleen adolescent qui m’a poussé à écrire. Ensuite, j’ai adoré ça, je me suis mis à lire des romans, et j’ai découvert la magie de la littérature. Le pouvoir de l’écriture, oui, raconter des histoires, bringuebaler l’esprit d’autrui, mettre son imagination au service du lecteur, mais aussi, l’écriture en elle-même. User des mots, des phrases comme un réalisateur utilise la lumière et le cadrage, le montage et la musique pour faire vivre des émotions au spectateur. Cela demande énormément de travail, malheureusement, et comme tout ce qui demande énormément de travail, cela passe par de l’abnégation et des sacrifices, donc ; de la passion.

Quelques jours à peine après sa sortie, quel regard portez vous sur Loupo et comment vous sentez vous ?

Loupo est un roman un peu particulier, justement par rapport à l’écriture. C’est une sorte de défi artistique qui passe par un « exercice de style » (formule qui amuse beaucoup mon éditeur et que je remercie au passage, lui et son équipe pour le gros travail d’adaptation qu’ils ont apporté à l’ouvrage), assez particulier, mais j’imagine que tu l’avais remarqué. Mon idée première, au delà du monde du roman noir qui m’inspire, était de traiter de la jeunesse, et à partir de là, le défi était double. En premier, utiliser le « je » en linéaire de l’histoire, et ensuite, que l’ensemble du roman, et en premier l’écriture, fasse ressentir cette jeunesse. Exprime, même, cette jeunesse. J’ai donc recherché dans mes souvenirs, et surtout, mes émotions de cette partie de ma vie. Car je savais, que c’était à ce moment là, que j’avais vécu les moments les plus forts, et ressenti des émotions d’une intensité rare, que cela soit en écoutant de la musique, en courant dans la nuit, ou en serrant la main d’une fille. Je voulais faire ressortir ces émotions, en imprimant le rythme propre aux vingt ans d’un garçon ou d’une fille ; un rythme débridé et violent, une crainte et un refus – un dégoût- de l’avenir. Bruler le présent. C’est aussi, un thème fort du livre ; le moment des amitiés, où l’on dort avec ses potes, où l’on se marre même dans la dèche, parce qu’on est heureux, on est deux, ou trois, ou quatre, juste là, avec ses potes.

Et puis il y a ce personnage ; Loupo. Qui au départ n’a rien, il est seul, sans famille, sans éducation, sans repère. Il n’a surtout, jamais eu, ni ressenti, d’affection de quiconque. Abandonné dès son enfance, brimé, révolté mais faible, son salut, sa béquille pour survivre viendra d’une arme. D’un pistolet automatique qu’il saisit à l’âge de dix ans. Et là, nous retombons dans le roman noir. Ce pistolet, qui l’aide à respirer, qui le protège et guide sa vie, Loupo a déjà compris qu’il le mènera à sa perte. Et cela commence dès le départ, pour qu’il soit bien sûr, qu’il en ait l’empreinte dans sa chair. Mais ça, on ne le sait qu’à la fin du livre.

Une dernière chose par rapport au livre Loupo. C’est très violent, et très rythmé, c’est court et cela se lit d’une traite, pourquoi ? Parce qu’on est dans le cerveau de ce jeune pendant quatre, cinq jours, dans sa piaule, dans ses pompes, on le suit, et ça va à cent à l’heure. Et en discutant avec mes premiers lecteurs, certains m’ont dit (les plus jeunes justement) « Je me suis cru comme dans un jeu vidéo, j’étais à fond dedans, je pouvais pas décrocher. » Je dis ça en toute modestie, je voulais juste rapprocher le jeu vidéo, de mon livre par rapport à une réflexion d’un autre jeune que j’ai lu dans Le Parisien, sur un jeu (très violent, justement) qui vient de sortir ; « On fait ce qu’on n’a pas le droit de faire dans la vraie vie. » Un défouloir, une vie par procuration. Par imagination dans le cas du roman. Juste pour dire que, non, la violence dans l’art n’engendre pas la violence, au contraire, elle l’assimile et elle la récupère.

Vos origines méditerranéennes semblent avoir un impact direct dans vos écrits…

Oui, bien que je sois né en banlieue parisienne, ma famille venait d’Algérie et mon grand père était d’origine Sicilienne alors que ma grand-mère avait des origines espagnoles. Et c’est vrai que nous nous réunissions, toute la famille qui s’était retrouvée éparpillée dans cette grande banlieue Sud, tous les dimanches pour les repas de famille et à toutes les fêtes de l’année. Et donc, à ces moments là, on sortait les vieux albums de photos, et nos parents nous racontaient. J’ai été imprégné de cette culture, les spaghettis, le parmesan, la prière avant de se coucher, les filles dans la cuisine, les hommes qui jouent aux cartes, les films italiens, et de cette chaleur pied-noir de ma tante (elle nous appelait tous ; « mon fils », ou « ma fille »). Ensuite, d’avoir vécu à Aix en Provence à mon adolescence, puis à Nice, depuis plus de vingt ans, cela a imprégné mon approche du roman noir. J’allais au café, cela pouvait être à Aix, puis un copain me disait, « tiens regarde c’est Georges, on l’appelle Jojo, il a toujours un pétard sur lui ». Je ne le croyais pas, alors on se dévissait le cou, on se penchait sous les tables, et je voyais apparaître l’acier noir d’un calibre entre son blouson et sa ceinture. Et là, ça y allait, après, l’imagination. Je me suis intéressé à ces histoires quand j’étais à Nice, je travaillais dans des bars, des restaurants, il y avait les Corses, les Italiens de Naples, les Calabrais, les Siciliens, et j’aimais bien leur manière de lier la famille, le village, l’amitié, à leurs affaires de truands. Mis à part le côté insupportable de leur cupidité, car ils ne sont pas plus humains qu’un trader du CAC 40, même pire pour certain, je me suis servi de cette approche pour mes livres. Le rapport humain, le sentiment de l‘un pour l’autre, est primordiale dans mes fictions.

Comment vous est venue l’idée des surnoms des personnages ?

Je ne voulais pas que mes personnages soient assimilés à des caractéristique particulières et inversement, afin d’éviter une certaine stigmatisation typiquement française, vu que l’on parle de « jeunes », et de jeunes de quartier ou de banlieue. En vérité, pour imager Loupo, Kangou, Le Chat (quoique lui soit décrit), je pouvais mettre Stéphane, Souleymane ou Abdel, mais en mettant les surnoms, n’importe-qui pouvait imaginer si Kangou était maghrébin (et je pense qu’il l’est), ou Loupo un Martiniquais ou un Asiate. D’autre part, on revient à l’idée de jeunesse en tant que leitmotiv du livre et ces surnoms ont un côté enfantin ; des personnages de comtes (le Renard et ses Corbeaux), des marques de fringues, tu auras reconnu, ou des personnages de jeu vidéo et des héros de foot (là aussi tu auras reconnu). Quel gosse, quel ado, n’a pas un jour inventé son surnom, ou son « propre » nom ? Pour Di Rosa, cela renvoi à mes vingt ans quand j’habitais Paris, je trainais pas mal à Beaubourg, et des galeries l’exposaient, il représentaient une explosion artistique de l’époque, avec Combas et d’autres.

Bien qu’étant braqueurs, vos héros sont porteurs de grandes valeurs, est-ce un message que vous voulez faire passer ?

Ils sont braqueurs parce que nous sommes dans un roman noir, mais ils ont des valeurs. En vérité, ils sont simplement « humains », avec le sens que ce mot pourrait avoir dans une optique républico-chrétienne. Oui, j’essaye à travers chacun de mes livres de faire ressortir ces valeurs. Je crois que cela fait partie de mon rôle d’auteur. Je ne donne pas de leçon, loin de là, ce sont mes personnages qui sont ainsi, pas tous, il y en a des biens pourris aussi. J’aime savoir que quelque part, (dans un livre ?), un type qui a fait du mal a autrui, une grosse connerie, en soi conscient et qu’il cherche à réparer. Personne n’est à l’abri de faire du mal, mais la moindre des choses, c’est de s’en rendre compte, surtout si on l’a fait à plus faible que soi. Dans la famille, dans la société, dans une bande d’amis, cela serait déjà pas mal, un peu de respect, d’humanité. Après, il y a ces codes d’honneurs (qui n’existent plus) des « truands », j’ai aimé travaillé là-dessus, parce que c’est vrai que ceux qui n’ont rien ou pas grand chose, il ne leur reste que leur honneur, leur fierté, parfois, comme je le démontre à un moment, pouvant aller jusqu’à l’absurde et la violence ultime ; la connerie. Comme quoi, toutes les valeurs ne sont pas bonnes à prendre.

Votre style est très marqué, vous utilisez beaucoup de virgules dans la construction de vos phrases ce qui leurs donnent un rythme incroyable, presque musicale…

Le style, bien sur, c’était un défi, là-aussi, avec le risque que cela soit refusé par l’éditeur. Mais, c’est vrai que les premiers textes qui m’ont marqué étaient des poèmes ou de la prose, où alors des textes très écrits, qui dégageaient une âme, comme les romans de Jack London par exemple.

Donc, j’ai voulu me lancer ce défi de l’écriture, mon but était de faire une œuvre dramatique, quelque chose de puissant et de sombre, et il fallait faire passer les émotions, il fallait se mettre dans la tête de Loupo. J’ai repensé à toutes ces œuvres qui m’avaient marquées, fascinées et j’ai essayé de comprendre. Des poèmes de Rimbaud et de Verlaine, d’Apollinaire, des nouvelles de Blaise Cendrars, le spleen de Baudelaire, l’aventure (encore) de Jack London, les tableaux de Raphaël, de Rembrandt, le cinéma de Léone, de Scorsese (Taxi Driver), Léos Carax (je cite « Mauvais Sang » que je conseille à tous les amoureux de cinéma) et la musique, bien sur, la musique que je continues d’écouter et de traquer. (il y a aussi Héléna et Léo Mallet pour sa Trilogie Noire, et Le Breton pour « Les hauts murs », mais j’en parle dans un papier pour Livresque du Noir et je voulais pas me répéter, alors j’ai essayé de réfléchir un peu plus, finalement, tout se rejoint)

En France, il n’y pas eu beaucoup de groupe musicaux à texte, et en même temps assez rock. Dieu nous a donné Téléphone, et j’avoue, ça m’a mis une claque quand j’étais gamin, d’allier ainsi la musique et les mots pour faire ressentir quelque chose, puis, des années plus tard, dans le même style, j’ai découvert l’album des NTM « 1993 », il y avait la aussi une symbiose entre les paroles, le « chant », et la musique, il y avait de la rage, mais surtout, l’émotion propre à toute œuvre d’art. Le message me touchait. Cette musique vous pénétraient, comme peut le faire Archive, Mettalica, Placebo ou Queens of the Stones Age que je cite dans le roman, je pourrais aussi parler de Isia et de plein d’autres, des morceaux d’Assassins, de Sté, de Noir Désir…

C’est donc consciemment et inconsciemment que le rythme, les virgules, les phrases courtes, certaines qui rimaient, d’autres proches de la prose, se sont imposées. Le fait est que j’écoute beaucoup de musique, avant et après l’écriture, mais cette question rejoint aussi la réponse sur le thème de la jeunesse, d’hier et d’aujourd’hui, pour qui la musique est aussi vitale que le fait de respirer ou de bouger, que cela soit sur un écran ou dans la vie.

La musique est très présente dans Loupo, s’il devait y avoir une bande son pour celui-ci, quelle serait-elle ?

Pour la bande son, il faut voir plus haut, mais j’aime tous les style, et plus c’est rock ( dans l’esprit), plus j’adore, ainsi que les musiques de film.

De quels auteurs de votre génération vous sentez vous proche ?

Alors dans le style, la démarche, la gnake et la foi, je dirais Caryl Ferey, ce mec est impressionnant de passion, et en plus, il a du talent, merde !! Mais surtout, il a une plume, une écriture, c’est une chance énorme pour un auteur. Pareil pour Fred Vargas, pour ces mêmes raisons, ainsi que le côté humain, mais surtout l’écriture, la liberté. Après, j’adore certains auteurs Italiens, j’ai lu dernièrement « Petits crimes Italiens » je recommande la toute première nouvelle, il y tout dedans, et même la ville de Rome respire. Sinon j’ai pris un choc de plaisir en lisant « Le matériel du tueur » de Gianni Bondillo, et j’adore Massimo Carlotto. Sans ça, il y a Janis Otsiemi, de chez Jigal, dont je me sens proche au niveau de l’écriture, de la déche de ses personnages et de leurs rapports humains, je l’ai d’ailleurs mis en tant que personnage dans Loupo. Je précise au passage que je ne connais, malheureusement (ou pas, parce que, au final, c’est leur livres que j’aime), aucun de ces auteurs personnellement.

Pourriez-vous nous parler de vos projets à venir ?

J’écris des débuts d’histoire (je suis le champion du début d’histoire), j’essaye de faire des scénarios de court métrage, et de trouver une idée pour un nouveau roman, encore quelque chose de différent, où je prendrais beaucoup de plaisir et de passion.

Le mot de la fin…

Le mot de la fin, et bien, merci pour tes impressions, je me rends compte que je ne suis pas seul au monde, grâce à toi et à tous les lecteurs qui apprécieront Loupo. Je veux dire aussi merci à mon éditeur, je suis très fier de ce livre. Vraiment. Je sais qu’il traversera le temps, et s’il peut donner envie à des jeunes de lire, et à nous les vieux, de revivre un peu de cette jeunesse, de ces émotions vécues et passées, alors, je serai heureux.

Ha oui, alors, le mot de la fin, offrez le livre à vos fils et filles de vingt à trente ans, on sait jamais, mais avant, lisez le vite fait.

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segon 30/09/2013 10:18

pourquoi ne fait il jamais références à ses grands parents maternels ?? il ne les a pas connus ???