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Blog culturel. Chroniques littéraires, musicales et interviews

L'interview de Samuel Sutra

Publié le 4 Septembre 2013 par Dubruit Danslesoreilles

L'interview de Samuel Sutra

On continue la semaine Sutra avec une interview de l'intéressé.

Bonjour Samuel,

Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Samuel, 39 ans, j’en aurai encore 39 l’année prochaine car je refuse de passer une certaine barre, j’ai déjà prévenu mes proches et l’État Civil. Je viens de sortir mon cinquième roman. Je ne suis pas connu, n’ai reçu aucun prix littéraire et j’ai un casier vierge, du moins je crois.

Comment es-tu venu à l’écriture ?

J’ai toujours écrit. Du moins, aimé écrire. Ce qui m’est venu avec les années, et qui a sans doute fait la différence, c’est la maturité pour finir les textes que je commençais.

Parles-nous de Tonton, le héros récurrent de tes livres.

C’est l’anti héros idéal. L’élégance auto-proclamée au détriment du bon goût, une capacité de recrutement de ses gars digne d’un entraîneur des bleus, une planification de ses coups qui, de loin, évoquerait davantage l’improvisation, une mauvaise foi à toute épreuve et un bol monstrueux. Ces éléments mis ensemble laissent une marge fabuleuse quand on veut se lancer dans une histoire complètement loufoque.

A-t-il été évident dès le départ qu’il y aurait plusieurs volumes ?

Pas du tout. Le premier Tonton, « le Pire du Milieu », était un jeu pour moi. Ce texte n’a jamais été écrit dans l’espoir d’être édité un jour. J’y ai mis des délires que je ne me serais jamais permis de mettre si une voix m’avait soufflé « Attention, ce sera un livre ! ». Mais ce sont peut-être aussi cette spontanéité et cette totale désinvolture qui lui ont permis de se retrouver imprimé et lu. Chose qui ne se serait peut-être pas produite si, dès le début, j’avais retenu le geste. Ensuite, je n’avais pas la prétention de savoir renouveler mes personnages à chaque fois, et comme je m’étais attaché à eux, on a rempilé. J’aime cette idée de suite. On peaufine les caractères, on les précise. Et avec l’éventail de départ, ça laisse une marge pour s’amuser en écrivant qui est un vrai régal.

Comment expliques-tu la dichotomie entre la série des « Tonton » et tes autres œuvres ?

Tonton, c’est une facette de mon écriture. Parce que c’est une de mes facettes d’auteur. J’aime faire rire, car l’exercice est difficile. Faire rire à l’écrit est bien plus dur que d’émouvoir ou d’effrayer. Mais, comme tous les gens qui écrivent, j’ai parfois envie de raconter des choses, d’autres choses. Toi, tu lis, tu as parfois envie de lire autre chose que le livre que tu viens de refermer. Quand tu écris, c’est pareil. Avec Kind of Black, j’ai voulu écrire autrement, autre chose, qui se passait ailleurs. Le monde du jazz, presque vu de l’intérieur.

Avec Kind of Black on se rend compte que la musique est également une passion pour toi, tu en joues ?

Oui, du piano. Je joue du jazz depuis de nombreuses années. Pas aussi bien que j’aimerais en jouer, par manque de temps, par manque de talent sûrement aussi. Les mains sur le piano de la couverture de sont pas les miennes, mais je les connais bien. Ce sont celles de Serge Forté, un grand pianiste de jazz, qui a été mon prof il y a vingt ans. En retour de tout ce que je lui dois musicalement, je lui ai demandé s’il accepterait de voir une photo de lui illustrer mon roman.

S’il devait y avoir une bande-son pour Kind of Black quelle serait-elle ?

Kind of Black est une sorte de huis clos autour du piano. Tout comme le piano mange tout l’espace du petit appartement du héros, le piano occupe aussi tout le récit. Alors, j’ose : « la » bande-son de ce livre pourrait être l’intro de My Funny Valentine, par Keith Jarrett, de son album Still Live. J’ai envie de croire que mon héros imaginaire, entamant ce morceau imaginaire dans ce club imaginaire a provoqué la même émotion en jouant If you wait too long…

Tes parutions sont très rapprochées, comment fais-tu pour être aussi prolifique ?

Elles sont très rapprochées parce que j’ai souvent plusieurs textes sur le feu. Et, comme je te le disais, j’essaie d’avoir aujourd’hui cette maturité nécessaire pour finir ce que je commence. Et n’oublie pas non plus que lorsque tu lis un livre qui vient de sortir, son auteur en a envoyé le manuscrit achevé bien des mois plus tôt S’il aime écrire, il s’est forcément remis à autre chose depuis.

Quelles sont tes influences majeures dans le domaine de l’écriture ?

J’ai été influencé par des hommes, avant d’être influencé par leur écriture. Je pense que des hommes comme Frédéric Dard, Alphonse Allais, Alexandre Vialatte, et plus classiquement, Gustave Flaubert ou François Mauriac sont des hommes dont j’aurais aimé vivre la vie bien avant que d’écrire leurs livres. Car je pense que notre façon d’être façonne ce qui, à mes yeux, est le plus important dans l’écriture : le style. Je n’ai pas grand-chose à raconter. Alors j’aimerais, comme Flaubert écrivant sa Bovary ou son Bouvard, parvenir à être reconnu par mon style et non par mes histoires.

Ton dernier coup de cœur littéraire ?

Tu vas te moquer, j’ai vingt ans de retard sur mon dernier coup de cœur. C’est Thérapie, de David Lodge, qui a été édité en 1995 en France. J’étais tombé par hasard sur une lecture de ce livre à la radio il y a quelques mois. J’ai trouvé le style fabuleux, ou la traduction fabuleuse, et j’ai eu envie de le lire. Après, l’un des avantages d’être « auteur » (laisse les guillemets, tu les retireras quand j’aurai gagné ma légitimité à parler de moi comme ça) c’est que l’on rencontre d’autres auteurs, plus facilement. Et deux livres que j’ai lus récemment ont été des coups de cœur pour moi, et pas parce que j’ai l’honneur de connaître les auteurs. Ellen Guillemain et Didier Fossey, lis leurs livres, tu les referme en ayant passé un grand moment. J’ai d’autres amis auteurs dont les livres sont en attente. J’en dirais volontiers du bien, là maintenant, mais ils savent que je n’ai pas encore fini.

Musical ?

Aïe, là tu vois, j’aimerais te glisser deux trois noms pour bien forcer l’ironie et faire comprendre ce que je pense de certains chanteurs à la noix qui m’encombrent et me donnent l’envie de m’achever les tympans au tisonnier ! Certains devraient se mettre à l’aquarelle et passer sur Radio Palettes, comme le suggérait Desproges. Mais un vrai coup de cœur, même s’il date un peu, ç’a été l’album Arcoluz, de Renaud Garcia Fons. J’écoute beaucoup de jazz (essentiellement, en fait) et ce disque m’a subjugué. Je l’ai écouté en boucle des semaines durant. Ce n’est pas du jazz, c’est autre chose, c’est quelque chose à part. Comme le Köln, de Keith Jarrett. C’est pas du « jazz » au sens conventionnel du mot. Mais c’est de la magie pure. Écoute ce gars à l’occasion. Renaud Garcia Fons, il est contrebassiste. Ce mec est un génie.

Pourrais-tu nous parler de vos projets à venir ?

Un quatrième Tonton, puisque je suis sur la pente savonneuse des écrits désinvoltes. Et comme on me dit que plus ça va, plus c’est drôle, je vais pas me priver. Et un roman plus noir, qui est en cours, et plus risqué d’un point de vue de l’écriture.

Le mot de la fin…

Il me semble que tu me dois une bière, si ma mémoire est bonne, non ?

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MARTINE TOUCHARD 23/09/2013 18:58

fier de cet entretien, qui te correspond. Envie de lire ton nouveau livre. A bientôt. MARTINE

Dubruit Danslesoreilles 05/09/2013 22:20

Bienvenue ici Sébastien! J'ai cru comprendre que vous étiez un groupe d'auteur fort sympathique et je suis ravi de pouvoir discuter avec vous!

Sébastien Lepetit 05/09/2013 23:45

Je suis moi-même ravi. Nous sommes en effet un groupe d'auteurs qui nous sommes retrouvés un peu par hasard et beaucoup par affinités. Nous nous sommes pris à apprécier les écrits des uns et des autres alors que nous sommes assez différents. Tous les membres du groupe ont comme points communs d'être très talentueux et plein d'humour, sauf un mais je ne veux pas dire lequel pour ne pas mettre la zizanie. ;-)

Sébastien Lepetit 05/09/2013 21:06

Je ne vais pas faire semblant d'être objectif, je suis fan de Samuel Sutra et de sa série des Tonton. C'est du bonheur léger à l'état pur, mais il faut le déconseiller vivement aux coincés du bulbe qui souhaitent le rester, et aux personnes qui veulent lire en cachette au bureau : impossible de rester discret puisqu'on se gondole en permanence.
Kind of Black est sur ma table de nuit, et il attend son tour.
En tout cas, merci Gaylord pour cette belle semaine consacrée à un bel auteur qui mérite ce coup de projecteur.

Dubruit Danslesoreilles 05/09/2013 19:53

Il faut craquer!!!!

gruz 05/09/2013 12:05

Un auteur drôle et humble, comment ne pas craquer ;-)