La rencontre avec un livre ou un auteur tient à peu de choses. Jamais de moi-même je ne me serais tourné vers ses romans si on ne me les avait pas conseillés. En effet la référence à l’univers du rap dans le titre du premier (Total Khéops) et le lieu où se déroulent les 3 enquêtes : Marseille n’était pas pour m’inciter à la lecture. Comme quoi il est bon de faire confiance aux recommandations de ses amis.
On suit les aventures, déboires serait plus exact de Fabio Montale « Flic par accident » dans les quartiers Nord de Marseille. Fabio est écœuré par sa profession et ses collègues dont une grande partie ne porte que peu d’intérêts aux classes immigrés et penchent de plus en plus vers l’extrême droite. Mis au placard dans un commissariat de proximité il essai de venir en aide aux jeunes des cités qui doivent faire face à un quotidien des plus difficile (chômage, racisme, drogue…).
Marseille est un personnage à part entière, elle parait vivante sous la plume d’Izzo qui se plait à citer noms de rues et cafés. C’est le Marseille des immigrés qui sent bon l’Italie, le soleil, la pêche, mais qui pue aussi la corruption, la mafia, la haine et la mort.
Ces livres prônent des valeurs fortes. La première c’est l’amitié, tout démarre de là. En effet, dans le premier tome, Total Khéops, Montale enquête sur le meurtre de ses deux amis d’enfance. La seconde c’est la tolérance (dans Chourmo il est question d’extrémistes islamistes et du FN) et la troisième l’amour. Là on peut dire que notre héro n’a pas été gâté car ses amours ne sont qu’éphémères (les femmes le quittent ou finissent six pieds sous terre) en partie à cause de Lole son amie d’enfance qui est peut-être son seul vrai amour.
L’œuvre n’est jamais moraliste, juste incroyablement réaliste. Ecrite entre 1995 et 1998 elle est toujours d’actualité au vu de la flambée de violence que connait la ville aujourd’hui. Le ton est poétique, presque humaniste.
De bonnes intrigues, des personnages attachants et une analyse aiguisée de la société font de cette trilogie de Jean-Claude Izzo un mets rare à déguster, un verre de Lagavulin à la main (la boisson préférée de Montale…et la mienne aussi) en écoutant un disque de Charles Mingus.