En attendant la sortie de Perfidia, le prochain thriller de James Ellroy, les éditions Rivages décident de faire patienter les admirateurs du géniteur du Dahlia Noir et L.A. confidential en publiant Extorsion.
On ne peut considérer ce livre comme un véritable roman, il s’agit plus d’une novella. James Ellroy se fait plaisir en nous plongeant dans la vie de Fred Otash, figure emblématique des années cinquante, célèbre pour avoir sa contribution à l’émergence des journaux à scandales.
Otash n’a pas vraiment de moral et n’hésite pas à faire les pires coups bas pour épingler des stars du showbiz dans de délicates situations.
On y croise d’ailleurs une sacrée galerie de personnalités (Marilyn, Liz Taylor, James Dean…) et les anecdotes à leur propos sont légion.
Ellroy a un style inimitable à base de phrases courtes et de tournures chocs qui colle à merveille avec la verve des journaux de l’époque.
L’atmosphère est parfaitement restituée et la dimension parodique est particulièrement plaisante. L’auteur va même jusqu’à s’inclure dans le récit avec un grand sens de l’autodérision.
La structure du texte aurait à mon avis gagné à être plus cohérente. On se perd un peu dans la chronologie. Le chapitre où Ellroy (celui du livre) intervient à la première personne aurait mérité d’y être mieux intégré.
Extorsion traduit la fascination qu’a l’écrivain pour l’odieux individu qu’a pu être Fred Otash. C’est une lecture agréable en forme de parenthèse dans la bibliographie de l’auteur.
Un livre qui porte bien son nom !
Par contre, impossible pour moi de faire cette chronique sans mettre un carton rouge à l’éditeur. Les 190 pages du livre comprennent en effet deux chapitres de Perfidia, Extorsion ne fait que 135 pages. De plus, on peut s’interroger sur l’intérêt de faire découvrir les chapitres 4 et 8 du prochain Ellroy. Qui va lire ces extraits au risque de nuire au suspens du roman ? Le tout étant sortie en format semi-poche pour 13.5€. Quand on voit que Pocket publie des inédits d’une centaine de pages pour 2.9€ on peut se poser la question de la moralité qui se cache derrière la sortie d’Extorsion. Plus d’un lecteur a dû se sentir berné. Je suis pour ma part ravi d’avoir emprunté ce livre à ma bibliothèque, car j’ai horreur d’être pris pour une vache à lait.
Fred Otash était un flic véreux de Los Angeles devenu détective privé, maître chanteur et proxénète. Il était surtout connu pour avoir colporté des ragots sur le tout Hollywood pour le compte du magazine Confidential. Avec son goût pour les seconds couteaux à la personnalité trouble, Ellroy s'est emparé d'Otash et en a fait un personnage de fiction qui apparaît dans American Death Trip et Underworld USA. Il lui donne le premier rôle dans Extorsion en l'imaginant au purgatoire, torturé par ses anciennes victimes, de Marilyn Monroe à Montgomery Clift en passant par Ava Gardner. Freddy O ne pourra obtenir une remise de peine et "accéder au nuage supérieur" que s'il confesse ses péchés. Pour cela il va solliciter l'aide d'"un plumitif nommé Ellroy".
Editions Rivages
Mars 2014
135 Pages
13.5€