C'est avec plaisir que je vous propose cette interview de Franck Thilliez. C'est un auteur que j'admire beaucoup et en plus de ça nous sommes presque voisins. Bref, quoi de mieux pour fêter la première année de DBDLO qu'une petite discussion avec un des auteurs les plus doué de sa génération!
Bonjour Franck,
Comment un jeune ingénieur en informatique devient-il un auteur de Best-seller ?
Je ne sais toujours pas ! Il n’y a pas de règles, de méthodes. Je crois que je fais simplement ce que j’aime, c’est-à-dire raconter des histoires, et j’essaie de m’appliquer au mieux. Le reste, c’est du travail !
Depuis 2004 vous sortez un à deux romans par an, comment arrivez-vous à maintenir cette cadence ?
Mon rythme de croisière est de un roman par an, j’ai écrit une fois 2 romans, c’était pour Le Syndrome E et Gataca, mais c’était compliqué, et ça m’a bien épuisé. Le fait d’écrire ces deux romans rapprochés était nécessaire, car un il y a une grosse chute à la fin du Syndrome, et je voyais mal les lecteurs attendre un an pour connaître la suite.
Lorsque j’avais mon métier d’ingénieur, je réussissais déjà à écrire un livre par an. C’était compliqué, mais j’y parvenais, j’écrivais n’importe quand, le soir, les week-ends, même en voiture pendant que quelqu’un d’autre conduisait ! Aujourd’hui, j’ai mes journées complètes pour écrire, c’est un vrai luxe, donc, un roman par an, ça passe plutôt « facilement », même si c’est énormément de travail. Et je ne garantis pas que je réussirai à chaque fois, car le plus difficile, ce n’est pas l’écriture, c’est trouver les idées !
Quelques jours après sa sortie, quel regard portez-vous sur Puzzle ?
Puzzle appartient maintenant aux lecteurs, il vit sa vie, comme tous ses petits frères, et l’accueil presse + lecteurs est plutôt bons. Je vois ça et là des avis néanmoins plus tranchés que pour mes romans avec Sharko/Henebelle, mais c’est normal. Comme pour Vertige ou la forêt des ombres, ce sont des histoires qui peuvent déstabiliser les lecteurs qui s’attendent seulement à une enquête policière. Ici, c’est davantage psychologique.
Comme Vertige, Puzzle est un « one shot ». Vous ressentez le besoin d’alterner entre ce type de roman et les enquêtes Hennebelle/Sharko ?
Oui. Parce que j’aime les deux univers, celui du policier à énigme, et celui du roman à pur suspense, plus psychologique. J’aime particulièrement les huis clos à ambiance glaciale ! De plus, j’estime que mes policiers, Franck et Lucie, ont droit à un peu de repos après une grosse enquête, car ils affrontent pas mal de dangers et psychologiquement, cela leur laisse des traces.
Une des particularités de vos écrits est que vous êtes très documenté, comment se sont passées vos investigations pour appréhender le monde des jeux de rôles grandeur nature ?
J’ai toujours été un joueur dans l’âme, fan de puzzles, d’échecs, d’énigmes, je n’ai pas eu de soucis particuliers à appréhender l’univers du jeu. Là où se sont situées la plupart de mes recherches, c’est dans ce qu’on appelle la psychologie sociale, ou les interactions entre individus lorsque ceux-ci se retrouvent en groupe dans des situations dangereuses. Parfois, les comportements peuvent surprendre !
Puzzle est, comme son nom l’indique, un roman à clefs. Est-il important pour vous de semer les indices qui feront dire au lecteur une fois la lecture du livre finie « Mais c’est bien sûr ! Tout était là, comment j’ai pu manquer ça ! ».
Oui, parce qu’en tant que lecteur et spectateur, j’adore me faire berner de cette façon. C’est la marque d’un scénario puissant, d’une histoire réfléchie et travaillée. Et c’est aussi le propre des « thrillers », qui doivent surprendre en permanence. Il est très important de réussir les fins dans ce genre de livre.
Ce roman est un semi huit clos (les ¾ de l’intrigue se déroule dans un HP), c’est un genre qui vous plait particulièrement non ?
Là encore, il n’y a pas de bons huis-clos sans un excellent scénario, parce qu’il faut tenir le lecteurs/spectateur en haleine sur 400 pages ou pendant 1h30, ce qui n’est pas si simple ! C’est un genre « casse-gueule », c’est pour cela qu’au final, peu de romanciers s’y attèlent, préférant rester dans des histoires plus classiques.
À la lecture de Puzzle, on pense beaucoup au cinéma fantastique, est-ce un hommage de votre part ou tout simplement votre subconscient qui s’exprime ?
Les deux. Parce que l’écriture est un mélange, elle est à la fois création et influences. Je ne renie jamais mes influences, je les cite même souvent ouvertement dans mes romans ou dans les interviews. Nous sommes tous influencés par notre vécu, ce qui nous avons aimé ou détesté.
Vous écrivez des thrillers, mais le fantastique n’est jamais loin, vous êtes friand de ce genre littéraire ?
Fantastique, SF, thriller, horreur, policier, c’est vraiment ma tasse de thé, oui, je m’en nourris depuis mon adolescence, et ça risque d’encore me nourrir pour longtemps. Peut-être qu’un jour, je ferai une indigestion mais pour le moment, le transit est parfait !
Vous avez écrit un court roman, L’encre et le sang, avec votre ami Laurent Scalese. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience d’écriture à quatre mains ?
Une excellente expérience ! D’une part, Laurent Scalese est mon ami, et ça m’a fait extrêmement plaisir de partager ce moment avec lui. D’autre part, on a pu s’amuser en écrivant une histoire en hommage à Stephen King, notre Dieu à tous les deux.
Et puis, l’expérience de l’écriture à quatre mains est très enrichissante.
Cette année vous avez publié deux nouvelles (Hostile et Un dernier tour), aimeriez-vous un jour sortir un recueil de nouvelles ?
La nouvelle n’est pas mon genre de prédilection, mais je suis souvent sollicité pour en écrire. Alors, si j’ai un peu de temps, je le fais, c’est un bon exercice, ça fait travailler les neurones d’une façon différente ! Je ne les écris pas dans le but d’en faire un recueil, mais à force, je crois que j’en aurai suffisamment pour les regrouper, un jour, dans un livre !
Le côté sombre et violent de vos récits semble être à l’opposé de votre personnalité. Explorer les déviances de la nature humaine, cela a-t-il un rôle cathartique pour vous ?
Sans doute, oui. L’écriture est une connexion, un courant électrique qui permet de décharger en dehors de soi un trop plein. Plus jeune, je faisais des cauchemars récurrents (à cause probablement de tous ces films d’horreur que je regardais) et depuis que j’écris, plus rien !
Dans l’Anneau de Moebius, le héros entre en communication avec son moi futur par le biais de ses rêves. Si vous aviez cette même capacité, quel message le Franck Thilliez de 2013 laisserait-il à son homologue de 2002 [qui écrivait Conscience animale, votre premier texte publié] ?
Je lui dirais « Arrête d’ajouter des figures de style et des tonnes d’adjectifs, ça rend tes phrases lourdes, limite indigestes ! Concentre-toi plutôt sur l’histoire que tu racontes. Et ainsi, tu iras loin, petit ! »
Impossible de terminer cet entretien sans vous demander ce que vous réservez à vos lecteurs dans un futur proche…
Un nouveau Sharko/Henebelle pour octobre 2014, autour du thème de… chut !!
Un grand merci à vous
Merci à vous également…
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